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#05 - juin 2000 : UNITY ROCKERS
le 4/12/2004 21:22:16

Pendant 26 numéros, de juillet 1997 à janvier 2000, Unity Rockers, le fanzine "Ska, Reggae, Soul et Luttes Sociales" a sévi. Il affichait sur sa couverture un magnifique: "Apolitiques de tous les pays, fuyez nous". Rencontre avec une partie des rédacteurs.

Barricata - Vous pouvez parler un peu des prémices de Unity Rockers ?
Fred - A l'origine de Unity Rockers, il y a mon départ, avec Ronan, de Ska News. On a fait les 30 premiers numéros (!), puis on est parti parce que ce zine était antiraciste, mais tenait à rester apolitique. On en avait marre de cet apolitisme. On voulait créer autre chose. C'est dans une manif en avril ou mai 1997…
Loïc - je crois que c'était une manif de sans papiers.
Fred - Donc, c'est à cette manif que j'ai rencontré un grand gaillard en bombers, un redskin avec une pancarte Reflex dans la poche, je suis allé lui parler, et c'est comme ça que j'ai fait la connaissance de Loïc…
Loïc - Je lui ai filé Résistance, le fanzine sharp & redskin de Toulouse (RIP).
Fred - Au début, on était 4. Il y avait aussi Régis, un dissident de Trauma Social. On s'est mis d'accord sur l'idée d'un fanzine à pagination réduite mais à sortie mensuelle. C'était en fait plus une grosse feuille d'infos qu'un zine. Une feuille d'infos distribuée en manifs, en concerts et au bistrot. Daniel et François ont illustré les numéros 4, 5 et 6. Mais on s'est séparé pour incompatibilité d'humeur et de travail.

Barricata - Vous avez sorti le premier numéro…
Fred - Le 5 juillet au Glacier, un rade du 18ème. N'y allez plus !
Célia - C'était mieux avant!

Barricata - Combien d'exemplaires pour ce premier numéro ?
Loïc - On a dû en sortir 250. On l'a diffusé sur Paris, Bordeaux, Toulouse et Bilbao. A partir de septembre 1997, on a sorti un zine tous les mois. Le tirage a augmenté progressivement. On en distribuait environ 200-250 sur Paris.

Barricata - Vous avez réussi à tenir ce rythme jusqu'au bout ?!?
Fred - Non, on a souvent eu de gros retard. On a même sauté un mois, en janvier 98.

Barricata - Qui écrivait ?
Fred - On était essentiellement deux à écrire, Ronan et moi. Ghost-Régis faisait la maquette, Loïc diffusait et récupérait les infos.

Barricata - L'adresse chez Crash, vous l'avez eu directe ?
Fred - Non! Pendant au moins dix numéros, on n'a eu qu'un numéro de tatoo. Et encore, il fonctionnait mal…Par contre, on a été distribué rapidement au Silence de la rue, quand il était encore dans le 18ème.

Barricata - Votre slogan: "Politisons la musique; Musicalisons la politique", ça signifie quoi ?
Fred - A la base, nos horizons musicaux sont différents. Deux venaient du Ska et du Reggae, un du Punk-Hardcore, et le dernier de la mouvance Oi! & Ska. On se retrouvait dans les mêmes manifs, dans les mêmes milieux politiques. Loïc était à Reflex, Régis était proche de la FA, Ronan et moi, on militait à Ras l'Front Drancy. Faire Unity Rockers, ça a été une manière festive de faire de la politique. Pour revenir à la question, le Ska, la Soul et le Reggae sont des musiques politiques. Le ska, c'est la musique de l'indépendance de la Jamaïque. Le 2-tone, c'était clairement contre la pensée Thatcher. Le reggae, c'est encore plus simple, il suffit de prendre les textes de Bob Marley pour se rendre compte que cette musique qui parle d'émancipation des peuples du sud est éminemment politique. La soul, c'est la musique du combat pour les droits civiques des afro-américains. C'est la musique qui a rassemblé pour la première fois des noirs et des blancs sur la même scène, ça plaisait pas beaucoup aux américains des Etats du sud. Donc, quelqu'un qui écoute ce type de musique et qui ne s'ouvre pas à la politique ferait mieux de partir vers la techno. Il se fera moins de mal…

Barricata - Les infos données par UR, c'était quoi ?
Loïc - Cela consistait à parler autant des manifs que des concerts. On a plein de copains qui font plein de choses un peu partout (radio, zines, etc.), UR était un moyen de relier et relayer tout ça. Cela donnait l'occasion d'évoquer la vie d'un mouvement de fond et de masse (si! si!) comme le mouvement skinhead-redskin. (C'est Loïc qui parle…Ndlr)
Célia - On pouvait pousser des coups de gueule, chroniquer des bouquins qu'on a aimé…

Barricata - Vous faisiez quoi avant UR ?
Fred - J'ai commencé à coller mes premières affiches à 16 ans, c'était pour la FA. Je suis allé à Londres en 79 (j'avais 14 ans) et j'ai ramené "Come on everybody" des Sex Pistols. Je dois connaître Marsu depuis presque 20 ans. Ce mec est une encyclopédie du mouvement alternatif, il garde tout. Il a retrouvé mes lettres de 1982! Le rock alternatif me branchait pas trop sauf quelques groupes comme Nuclear Device ou Babylon Fighters. Je dois être le premier à avoir interviewé les Bérus en province. J'ai écrit dans des tas de zines…

Barricata - Idéologiquement ?
Fred - Je n'ai pas de chapelle particulière, mais je suis plutôt communiste libertaire.

Barricata - Et toi gaillard ?
Loïc - En 79, j'avais 7 ans, j'ai collé mes premières affiches, c'était pour le PS.

Barricata - (le Pâtre dubitatif…) Tu veux vraiment que je mettes ça dans l'interview ?
Loïc - Oui, oui, j'y tiens ! Sinon, j'ai eu une éducation à la sauce PCF, tendance stal. Pour le reste, c'est la musique Punk-Oi! et alternative de la fin des 80's, les manifs pour Malik Oussekine, etc. J'ai d'abord été Red à Paris, version alternatif, puis Red à Bordeaux, version skin. J'ai découvert le ska, je suis devenu sympathisant, puis militant du SCALP.

Barricata - Et toi Celia ?
Célia - Je préfère ne pas répondre parce que je ne faisais pas vraiment partie de Unity, je filais un coup de main…

Barricata - Revenons au fanzine, vous pensez qu'il a eu de l'influence ?
Fred - C'est difficile à apprécier, mais la propagande était bien faite. On quadrillait Paris et la banlieue et on répondait à tout le courrier. En province, on envoyait souvent des maquettes, les gens en retiraient dans leur coin. La "maison des communistes" de Caen en sortait une centaine…Sur la fin, le tirage était de plus de 700 exemplaires. Nous, on en sortait 300 à Paris, et Ronan en refaisait 100 à Rennes. Il y a même eu une version américaine de Unity Rockers à Chicago.

Barricata - Quelles sont vos sentiments sur l'évolution de la scène alternative au cours de ces trois ans d'existence ?
Loïc - Y'à du très bon et du détestable. Le très bon, c'est bien sûr toute la mouvance red qui se développe à travers groupes (Brigada, Barikad, Rageous, et autres) et fanzines (Meantime, Guns Fever, Barricata…). C'est les Partisans qui sont encore là. Le détestable, c'est les simili-fafs, les apos qu'on recommence à voir dans certains concerts.
Fred - Le bon, c'est la scène ska qui se développe, c'est toutes les rencontres. Les déceptions, elles viennent des groupes avec qui on avait un excellent contact et qui ne répondent plus aujourd'hui, qui signent chez des Majors…Les Spook sont le meilleur exemple. Le mauvais, c'est aussi Skaferlatine qui splitte et qui refile toute sa discographie à Noco. C'est pas vraiment compatible avec leurs boucles soviétiques.

Barricata - Vos groupes préférés du moment ?
Fred - Babylon Circus, les Adjusters puisque les Strike arrêtent (!), la scène reggae actuelle. UR, ça m'aura permis de me remettre à écouter des groupes plus punk comme Mokoka, Protex Blue, les Partisans.
Loïc - Les K2R, les Ogres de Barback, les Partisans, Zebda, Fermin, les Skatalites (un groupe du moment! Ndlr).

Barricata - Vous avez arrêtés UR depuis le mois de janvier. Lequel pleure le plus ?
Loïc - C'est moi! Et puis Ronan.
Fred - Unity Rockers avait pris un tel essor que j'y passais tous mes week-ends. Plus moyen d'aller au bistrot avec les copains. Au bout d'un moment, j'en ai eu marre. Ecrire, répondre au courrier, ça prend beaucoup de temps…Ensuite, le zine était gratuit, et il nous coûtait au moins 1000 balles par mois. Les abonnements ne couvraient que le prix des photocopies, pas les frais d'envoi. Au bout d'un moment, c'est devenu ingérable.

Barricata - Et maintenant ?
Fred - J'ai une page dans No Pasaran! tous les mois (Voir rubrique le "skactiviste"). J'ai enchaîné direct dès le mois de janvier.
Loïc - L'asso UR existe encore. On organise des concerts de soutien aux FTP, à Léonard Peltier, à Reflex. Le 2 juillet, rendez vous au CICP avec Rude Montreuil, Rue de la Gouaille, les Raymorah. Toujours à 17 heures, et toujours 30 balles!
Les deux - Ronan a créé le label Red Head Man. Il a un petit catalogue avec des exclusivités de distribution. (Voir rubrique Zines) Il a sorti la compil Dance Ska La (1500 exemplaires les 3 premières semaines), 1000 nouvelles copies viennent d'être pressées. (Vous pouvez l'acheter les yeux fermés, c'est excellent. Ndlr).
Fred - UR a toujours fonctionné comme un groupe de rock, chacun amenait son truc. De plus en plus de gens écrivaient dedans. C'est au fait de notre gloire que j'ai sabordé le navire.

Barricata - Vous pensez qu'il y a un manque aujourd'hui ?
Fred - Non, il y a Meantime, Guns Fever,…

Barricata - Mais ça sort tous les 9 ou 10 mois !
Fred - On a fait Unity Rockers pendant 26 numéros. C'est aux autres de continuer maintenant.

Barricata - Un dernier mot ?
Fred - L'aventure continue de manière concrète. Le boulot sur les concerts, ça ramène du fric pour les prisonniers politiques, le Kiosk, Reflex... Ronan s'occupe de nous trouver de la bonne musique. Quant à No Pasaran!, il n'avait plus de zik depuis l'apogée du rock alternatif. L'aventure continue, et à fond !
Loïc - Besta Bai Borroka Ere Bai ! Et tous le 30 juin dans le Larzac pour le procès de José Bové, et le 1er juillet au Pays Basque pour le festival de San Martin Darrosa !

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