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#21 - Été 2010. : Les « Conti » : un combat pour la dignité ouvrière.
le 27/9/2010 16:16:56

Entretien avec Didier Bernard (mai 2010), du comité de lutte de Continental Clairoix. Retour sur une longue lutte victorieuse.

Intro : On l’a croisé sur bien des manifs avant de mettre un nom sur son visage. Didier Bernard est l’un des principaux animateurs du comité de lutte de l’usine de pneumatiques Continental à Clairoix (Oise). En 2009, la longue lutte des Conti, qui s’est soldée par un compromis acceptable pour les 1 120 licenciés, est devenue emblématique des résistances ouvrières. Avec Didier, on partage bien des pratiques et des points de vue qui renvoient aux fondamentaux du syndicalisme révolutionnaire : action directe, refus des bureaucraties syndicales, assemblée générale souveraine, mandatés révocables, dignité ouvrière et rejet des patrons voyous. Suite à son passage à Paris lors de la manif antifa du 9 mai, nous lui avons posé quelques questions. Les pages qui suivent rappellent que seule la lutte paye et que celui qui ne combat pas a déjà perdu.

Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Didier Bernard, 43 ans, célibataire (non je ne cherche rien en disant ça, quoique !) ouvrier, confectionneur sur machine, je suis délégué syndical CGT, et membre du comité de lutte depuis le début du conflit qui a été le nôtre jusqu’à encore maintenant, puisque même après l’accord de méthode signé le 25 juin 2009, ce n’est pas pour autant que les problèmes sont tous réglés, ou qu’ils se sont envolés, il y a toujours et encore un travail de surveillance, quand cela se passe bien, et du poing à taper sur la table quand il y a des dérives de la part des gens qui ne respectent pas les engagements signés dans cet accord de méthode.

Peux-tu nous revenir sur ces quatorze mois de lutte ? Où en est-on aujourd'hui pour l'ensemble des Conti ?
Au lendemain de l’annonce de la fermeture de notre site, une bataille des plus dures s’est engagée, un combat de tous les jours ne nécessitant aucune relâche ni compromis. Et l’une des batailles qui a été la plus dure, en dehors du fait d’avoir à se battre contre Continental et l’État qui noyait le poisson, bien qu’ayant eu des attentions à notre égard à travers les médias, a été de faire en sorte que l’intersyndicale, (qui n’existait pas auparavant chez nous pour des raisons d’intérêts et de profits personnels, mais qui avait été souhaitée par l’ensemble des Conti présents au tout début de cette lutte), adopte une ligne de conduite commune, et ceci dès le départ, ligne de conduite unique qui ne souffrait pas que l’on en sorte et qu’on tergiverse, ligne de conduite d’un point A à un point B dont nous ne devions ni sortir ni dériver, ne serait-ce même que d’un chouïa. Cette lutte a duré six semaines, mais ensuite l’éclaircie s’est faite dans bon nombre d’esprits de ces syndicalistes. Un ralliement commun nous a permis enfin d’avoir le rapport de force unitaire et syndical. La direction de Continental redoutait l’alliance, elle a dû se résoudre à se mettre autour de la table pour lancer les négociations tant voulues de notre part, sur nos bases à nous, et pas sur celles de la direction de par leurs livrets 3 et 4 du PSE. Bien sûr, vous le comprendrez tous, tout ceci est résumé et très raccourci, car cette façon simpliste d’expliquer me permet aussi de ne pas écrire les 200 pages qu’une véritable explication pourrait ou devrait entraîner.
Ensuite le bras de fer des négociations tripartites, que nous demandions depuis le début de l’annonce de la fermeture de notre site, avec un cahier de revendications, s’est enfin lancé et poursuivi jusqu’à son terme. Terme dont aujourd’hui tout le monde connaît les droits et garanties obtenus. Aujourd’hui, après quatorze mois de lutte, bien que le plus gros du problème ait été en grande partie réglé, à savoir la lutte pour la défense des droits et l’obtention des garanties pour l’ensemble des salariés de Continental, y compris pour toutes les salo…, les Conti pardon, qui ne sont jamais venus se battre à nos côtés en plus de nous tirer dans les pattes et nous dégueuler dessus à tout va, aujourd’hui donc, nous avons toujours ce souci que les engagements pris et signés soient respectés. Ce qui est loin d’être évident. Quand je dis « respectés par tous », c’est surtout la direction de Continental France, le cabinet de reclassement Altedia, et l’État bien sûr !

Justement, l'État et la direction, on voit bien ce que c'est. Mais Altedia, c'est quoi précisément ?
Suite aux négociations, et en fin de négociations, un peu avant signature de l'accord de méthode, un cabinet de reclassement est venu se « vendre » et nous présenter ce dont ils étaient capables en terme de réputation à l'échelle nationale et en terme de capacité à reclasser des salariés licenciés. Cette présentation s'est effectuée avec ce cabinet car de par leur réputation que l'on nous avait mise en avant, et le fait d'en avoir quelque peu parlé dans ces négociations, nous avions donc arrêté l'idée de les rencontrer. Bien sûr, comme tous les « prestataires » de service, quels qu'ils soient, leur démonstration pour essayer de nous convaincre a été des plus parfaites et des plus convaincantes. Néanmoins, si sur le plan tout est nickel, dans la réalité il en est tout autrement. Même en admettant que ce cabinet de reclassement applique les consignes du donneur d'ordres qu'est la direction de Continental, leurs compétences sont loin d'être à la hauteur de leur réputation. Quoi qu’il en soit, et systématiquement, quand nous rencontrons des problèmes avec eux, de par des doléances des Conti, nous montons au créneau et rectifions le tir assez rapidement. Si le combat aujourd'hui se mène d'une façon différente, sous certains aspects, ce combat n'est toujours pas terminé, c'est maintenant une surveillance accrue que nous devons exercer afin que les engagements de part et d’autre soient respectés.

Y avait-il des signes annonciateurs de la fermeture de l'usine ?
Très honnêtement, non ! Nous savions, nous, syndicat CGT, que sur les deux usines Continental implantées en France, il y en avait une de trop, et ceci depuis très longtemps. Mais l’arrivée de nouveaux équipements, de nouvelles technologies, ne nous faisait pas entrevoir une issue de la sorte, aussi soudaine et fatale. De plus, les efforts demandés aux salariés sur les dernières années, et plus récemment en 2007 sur le retour aux 40 heures soi-disant, une fois de plus pour être compétitifs afin de nous maintenir en bonne position sur le marché mondial ne nous laissaient pas présumer de ce qui allait suivre. Le problème avec toutes ces conneries de compétitivité et de position sur le marché mondial, c’est que les grands groupes ne mettent plus en compétition les salariés d’une marque avec d’autres salariés d’une autre marque et donc d’un autre groupe, mais entre leurs propres salariés. Malheureusement, quand il s’agit de garder son emploi, les patrons font du chantage et tout le monde tourne la tête en espérant et en se disant : « Ça va passer, ça va passer… » Finalement, on s’aperçoit que, même si en effet des fois ça passe, c’est toujours reculer pour mieux se faire sauter.
Au niveau du groupe, cela nous est arrivé tellement de fois que quand notre mort programmée a été annoncée, les salariés floués et frustrés, ont compris que tous les efforts demandés, tous ces vains mots et promesses qu’on leur avait fait, n’avaient été que des mensonges et de l’ignominie, et que leur seule chance était, cette fois, de lutter aussi fort et longtemps que possible. Chose qui a été faite par une très large majorité de Conti qui avaient bien compris que seule la lutte serait la meilleure chance pour eux, non seulement de ne pas partir comme des chiens, mais aussi de faire payer à ce patron voyou tout le mal qu’il venait de leur faire subir par cette annonce, ainsi que par la perte de leur emploi.
Nous avons tous été distraits, durant plus de quatorze mois, par ce projet de la direction de revenir aux 40 heures alors que pendant ce temps-là, leur véritable projet, celui de fermer la lourde de notre usine, se faisait lui, plus pernicieusement et sournoisement, dans l’ombre, sans transpirer, puisque nous étions tous focalisés sur un projet « prétexte » qui laissait les mains libres à leurs manigances.
Non, il n’y avait aucun signe avant-coureur de cette fermeture… jusqu’au jour de la fermeture.

Quelles solidarités se sont dégagées localement et nationalement ?
Je vais répondre en deux points à cette question, un point sur la solidarité ouvrière, et un point sur la solidarité (tout court) à l’échelle nationale.
Comme vous le comprendrez tous très certainement, il faut avouer que la période que nous avons connue au tout début de notre conflit était propice à créer des conditions de lutte générale, à tisser des liens extrêmement forts et rapprochés dans un contexte où ce n’est pas seulement une usine par-ci par-là qui était dans la merde mais plusieurs en même temps, que ce soit au niveau local ou au niveau national. Ayant instauré des assemblées générales, comme au bon vieux temps des luttes ouvrières à l’ancienne, de nombreux camarades des boîtes des alentours et au-delà, venaient régulièrement assister à ces AG, aussi bien pour nous soutenir et grossir le rang des ouvriers eux-mêmes dans la panade que pour profiter d’une tribune qu’ils n’avaient pas forcément chez eux, par désintérêt médiatique, afin de faire connaître les problèmes qu’eux aussi rencontraient dans leur boîte.

Nous participions tous aux manifs des uns et des autres, aux assemblées générales des uns et des autres quand cela était possible, ainsi qu’à leurs réunions quand ils en avaient, en restant avec tous les camarades dehors, visibles, attirant de fait un intérêt médiatique, permettant à ces camarades de mettre des pressions supplémentaires à leurs tôliers. Nous avons fait front commun, tous ensemble, dans une période qui nous permettait de le faire, tous ne s’en sont pas forcément tirés à aussi bon compte que nous, mais le réveil d’une classe ouvrière se faisait sentir jour après jour ; hélas pour une fois, c’est ceux sur lesquels nous comptions, et dont c’était le boulot, qui ont étouffé dans l’œuf un mouvement qui se faisait de plus en plus menaçant pour les patrons voyous et ce gouvernement complice, je veux bien sûr parler des confédérations syndicales, y compris celle où je suis.

Les journées d’action à caractère national de janvier et mars 2009, ainsi que le 1er-Mai, par les rassemblements massifs, avaient été plus que des signes avant-coureurs d’un ras-le-bol général de la classe ouvrière de ce pays, mais elles n’ont malheureusement pas fait peur à ceux à qui nous voulions faire peur, mais à tous ceux dans leur globalité, qui sont censés nous représenter au plus haut niveau, et qui ont désormais choisi, et ceci depuis bien longtemps, de prôner le discours social soi-disant digne des « partenaires sociaux » qu’ils croient être, alors qu’en face d’eux, de la part des patrons et du gouvernement, il y a moins de questions qui se posent, moins d’hésitations pour ne pas dire aucune, et surtout pas d’états d’âme quand il faut briser la vie de dizaines de milliers de familles pour continuer à faire des profits.

En ce qui concerne la solidarité nationale, eh bien en fait, même si cela peut paraître inconcevable à croire, rien de notre part n’a été créé ou recréé. Ce que je veux dire par là, c’est que étant la première grosse usine à faire les frais de cette crise, et qui donc a fortement été médiatisée, un élan spontané de soutien, de solidarité à l’échelle du pays, s’en est suivi bien au-delà de nos attentes. Il faut tout de même savoir qu’avant nous, au tout début de cette crise, quelques semaines ou mois auparavant, des boîtes de 300 à 400 personnes, faisaient elles aussi les frais de la crise, mais ont beaucoup moins intéressé les médias, faisant d’eux des laissés pour compte qui n’ont donc pas pu profiter de cette solidarité que nous avons eue tout au long de notre conflit. Je crois aussi et surtout que les ouvriers de ce pays se retrouvaient en nous, dans une période où tout le monde était dans la merde, et se sont engouffrés avec nous dans la lutte, essayant ainsi de montrer leur mécontentement et leur désarroi devant l’abandon de tous ceux qui nous gouvernent ou sont censés nous représenter dans des moments comme ceux que nous connaissons encore actuellement.

Que retiens-tu de ce conflit ? La dignité ouvrière retrouvée face aux patrons voyous ?
Ce qui m’a particulièrement impressionné je dois l’avouer, c’est cette faculté que les Conti ont eue à s’adapter à cette nouvelle situation, pourtant terrible, jour après jour, sans relâche, nous faisant confiance, à juste titre, puisque nous leur avons prouvé ce dont nous étions capables. Il faut bien comprendre que ce combat, aussi dur et âpre qu’il ait été, aussi magnifique qu’il ait été aussi, avec le recul, a été une terrible épreuve pour des gens qui n’ont pas l’habitude de ce genre de choses, car n’étant pas des militants, bon nombre d’entre eux ne sont pas aguerris à ce genre de saloperie, de forfaitures, de traîtrise de la part de gens qui, en face d’eux, ne pensent qu’à une seule chose, faire encore plus et toujours… de fric. Seul le fric compte, au détriment de la vie de centaines de milliers de travailleurs qui œuvrent à vivre simplement, sans autant d’argent, mais dignement. Dans ce conflit, oui, la dignité humaine était en première ligne, le sursaut d’une poignée d’hommes et de femmes, ce réveil tardif, mais néanmoins là, présent tout au long de ce conflit, a montré aux millions de salariés de ce pays que tout était possible, mais pas seulement pour ces patrons voyous, mais aussi pour nous, pour envisager, ne serait-ce même qu’entrevoir, qu’il est possible de changer certaines choses, d’inverser les rôles. Je suis un Conti, fier d’avoir été un Conti, et surtout heureux de m’être battu aux côtés des valeureux Conti qui méritent le respect qui leur est dû. Je sais maintenant, bien malgré nous, que « Conti » résonnera encore longtemps dans la tête de tous les camarades qui nous ont soutenu au long de ce combat, ainsi que de tous ces gens qui nous ont suivi, pas à pas, par les infos télévisées, ou la presse écrite, et qui se sont très certainement mis à notre place, et qui ont vécu ce conflit comme nous l’avons vécu, aussi bien dans les bons moments (car il y en a eu) que dans les divers rebondissements.

Avec le recul, comment analyses-tu le non-soutien de la direction de la CGT ?
Je vais exprimer mon sentiment personnel. Premièrement, le fait que nous n’ayons pas été soutenus au plus haut niveau ne m’emmerde pas plus que cela. J’étais à la CGT bien avant que Thibault ne prenne ses fonctions nationales. Et déjà à l’époque, il était réputé pour son manque de combativité et son laxisme devant les gouvernants, quels qu’ils soient, car il prônait déjà alors ce que l’on appelle le « partenariat social », c'est-à-dire privilégier la communication aux actions. Alors, on ne lui a jamais demandé de venir nous voir en personne, et on comprenait même qu’il ne puisse pas venir nous voir, nous ne sommes pas les seuls qui avions besoin d’un sérieux coup de main, mais qu’il ait au moins des égards à notre attention, et même ça rien n’en a été. Néanmoins, il faut quand même savoir, qu’après la polémique qui s’est instaurée entre les Conti, la CGT de Conti, et lui, Thibault, que les « dirigeants » de la confédération CGT ont essayé de faire croire à tous leurs militants et adhérents que nous méprisions la CGT, dans son ensemble, donc aussi tous les camarades de la base et de terrain. Cette manœuvre dans le but de nous discréditer, non seulement n’a pas fonctionné, à part pour les quelques rares vieux dinosaures abrutis qui pensaient comme lui, mais le tollé général s’est aussi amplifié chez d’autres, mécontents eux aussi de son inaction dans toutes les merdes passées, en particulier au cours de l’année 2009, au moment de notre conflit.
Deuxièmement, je suis plutôt satisfait qu’il ne soit pas intervenu pour nous, lui qui profite d’une tribune médiatique régulière par ses nombreuses visites à l’Élysée, car dans les nombreuses luttes ont suivi la nôtre, je tairai le nom des boîtes par respect pour ces camarades qui ont lutté et se sont battus comme des forcenés, à chaque fois qu’il intervenait pour eux, et là pour le coup même physiquement, eh bien toutes ces boîtes et tous ces camarades bien malheureusement non seulement ont dû mettre parfois un terme à leur lutte, mais n’ont pas eu ce dont pour lequel ils se battaient, et ceci pendant de longs mois pour certains. Leurs efforts ont été quasiment réduits à néants.
Alors tu comprendras aisément que nous n’ayons pas eu besoin de lui, sous quelque forme que ce soit, par contre nous remercions haut et fort tous ceux qui ont bien compris ce qui se passait, et n’ont en rien eu à faire de cette polémique, tous nos camarades de terrain, tous les militants, qui eux ne sont pas coupés des réalités de la vie ouvrière, et s’en prennent régulièrement dans la gueule, ainsi que certains, quand même, au niveau de notre Fédération, car même à haut niveau certains ont été présents et nous ont soutenus, eux, sous toutes les formes. Merci à eux, je pense plus particulièrement à l’un d’entre eux !

Lors du débat antifa au Salon du livre libertaire, tu as parlé de la très faible participation des femmes dans la lutte des Conti, alors qu'elles étaient nombreuses à être concernées par le plan de licenciement. À quoi attribues-tu ce désintérêt ?
Nous avions à Continental à peu près 60 femmes, tous postes confondus (journée, trois-huit, équipes de week-end), et de tous corps de métiers (caristes, opératrices, etc.) alors tu sais, il est difficile pour ces femmes de mener de front un autre combat, dans la pratique je veux dire, en plus du front de salariée, de celui de maîtresse de maison, de maman, d’épouse. Il n’est, dans cette situation complexe, difficile et précise, pas question de désintérêt, mais d’un manque de choix, de faisabilité, de disponibilité, et non seulement nous ne les jugeons pas, mais nous les remercions d’avoir été présentes quand le besoin s’en faisait sentir et aussi de s’être battues à égale hauteur des hommes, si ce n’est même plus que certains, en tout cas de ceux qui n’ont jamais remis les pieds devant l’usine au lendemain de l’annonce de la fermeture de l’usine. Respect très sincère pour toutes ces femmes qui comme nous tous, les 1120, n’ont pas compris ce qui leur tombait sur la tête ce 11 mars 2009, et qui pourtant se sont battues encore et toujours. Dans les couples, dans la vie familiale, des tensions se sont créées. Ces travailleurs étaient majoritairement présents tous les jours, et je ne te parle pas seulement de huit heures par jour, alors qu’à côté de cela la vie continuait. De terribles choses sont arrivées pour beaucoup d’entre eux, en dehors des séparations qui s’en suivies, au fur et à mesure du conflit, et bien au-delà de celui-ci, et en dehors des malaises continuels qui se produisaient quasiment à chaque assemblée générale, là aussi au fur et à mesure des infos que nous leur donnions (au tout début du conflit je le précise, car les infos n’étaient pas bonnes), nous avions aussi des camarades qui attentaient à leur vie. Alors il est fort compréhensible que ces femmes n’aient pas ressenti le besoin de monter au créneau plus que cela en s’impliquant avec nous dans le comité de lutte. Néanmoins elles étaient présentes tous les jours pour une très grande majorité d’entre elles, et nous les en remercions vivement. Je voudrais quand même mettre en avant une de ces femmes, qui bien qu’ayant traversé quelques-unes des situations que j’ai décrites au-dessus au niveau familial, a été la seule femme à entrer au comité de lutte et à mener ce combat comme le combat de sa vie. En tout cas, pour elle, et parce que nous en avons discuté, c’était bel et bien le combat de sa vie. Elle a donc mené de front tous les combats, qui le pensons-nous à tort, incombent aux femmes, et elle a donc elle aussi connu les affres d’une telle situation, mettant en péril son couple, et ce pourquoi elle avait œuvré toute sa vie. Son courage, sa détermination, aussi bien dans l’adversité que dans sa vie privée, ont fait qu’elle a réussi à traverser toutes ces épreuves et à préserver son intégrité, sa dignité mais aussi et surtout sa vie de femme. Je voudrais rendre un grand hommage à cette femme formidable qui mérite notre plus grand respect à tous, nous les Conti, mille mercis à elle.

L'extrême droite radicale a récupéré votre image pour son clip appelant au 9 mai nationaliste. Tu t'es déjà exprimé là-dessus, mais peux-tu y revenir rapidement ?
J’ai voulu, dans le cadre du débat auquel on m’a cordialement invité et auquel j’ai voulu participer, faire un petit rectificatif sur les images volées de notre lutte par des fascistes ici et là, et ensuite en arriver au cœur de ce qui m’amenait au débat. Je voulais donc tout d’abord dire, sachant qu’il y a une certaine polémique qui s’est créée autour des Conti et de la lutte qui a été la nôtre que nous ne cautionnons absolument pas les agissements de certains groupes fascistes et autres groupuscules identitaires français, et nous dénonçons de facto la récupération par ces groupes de notre lutte et des images qui ont été nombreuses sur nous dans des moments d’action, et pour preuve d’ailleurs, personne ne nous en a demandé l’autorisation, sachant pertinemment que nous aurions refusé que ce que nous avons fait au plus fort de notre conflit serve à une quelconque récupération identitaire ou fascisante. Nous sommes des ouvriers, qui avons lutté en tant qu’ouvriers contre un patron voyou, un de plus, qui n’a pas hésité à nous sacrifier sur l’autel du profit comme tant d’autres avant nous, et comme tant d’autres après nous, puisque cela continue en ce moment même un peu partout dans ce pays. Les Conti n’ont pas œuvré pour le Front national pour un quelconque regain de fierté nationale, et encore moins « nationaliste », les Conti ont œuvré pour la classe ouvrière dans son ensemble, pour le droit à travailler et à vivre dignement, qu’on se le dise, et surtout qu’on le comprenne bien au fin fond de certaines chaumières de Saint-Cloud !

Penses-tu retrouver du boulot facilement ? Comment vois-tu les années à venir ?
Je dois là aussi t’avouer que, avec tout ce qui s’est passé depuis le tout début de notre conflit, et qui se produit encore maintenant sous d’autres aspects, que je n’ai pas vraiment eu le temps de faire des plans sur la comète, ou même d’essayer d’entrevoir un plan de carrière. Je peux au moins te dire, qu’entre deux procédures de tribunal, à des moments nous permettant de ne pas être nombreux ni fortement concentrés sur des problèmes que nous pouvions gérer ultérieurement, j’ai réussi à glisser ici et là quelques petites formations rapides. De toute façon, et très honnêtement, n’ayant quasiment pas eu de temps pour moi, tant au niveau familial, qu’au niveau de mes amis, et de la vie que je menais auparavant au travers de nombreux concerts et petites fêtes afférentes (normal quoi !), je pense donc me laisser glisser jusqu’à fin août, et ensuite seulement, me remettre sur le marché de l’emploi (emploi ? quel emploi ? il n’y a plus d’emplois en France !) Et pour la facilité, eh bien repose moi la question d’ici quelques mois.

Puisque tu parles de « fêtes », quelle musique écoutes-tu ? Quelle bande-son a accompagné tes révoltes ?
En ce qui concerne mes passions musicales, je dois dire que je suis ce qu’on appelle plus communément un « punk » (tant pis pour les néophytes hein !) lol ! Mais les initiés, eux, comprendront très bien. Donc j’écoute en très grande majorité du punk, ou tout ce qui a trait au punk (punk rock, hardcore, etc.) mais aussi, du ska et du reggae, plus qu’avant. L’âge qui me tombe sur la gueule tous les ans, mes 43 ans révolus, m’amène à vouloir de temps en temps une certaine tranquillité. Néanmoins, je retourne souvent aux sources du Punk et de la Oi ! qui sont mes premiers amours. En ce qui concerne une musique un peu spéciale tout au long du conflit, je dois dire qu’il n’y en a pas vraiment eu, la plupart du temps j’étais terriblement pris dans diverses opérations, dans diverses réunions, des manifs, des négociations, la gestion et la logistique m’ont coupé du monde pendant de nombreux mois, crois-moi, et ma vie a été mise en suspens dans de nombreux domaines, y compris musical.

Un dernier mot ?
Je ne sais pas si un mot en particulier pourrait clore cet entretien, pour ma part plusieurs ont dominé mon esprit tout au long de notre conflit, des mots que j’avais déjà en moi par mes convictions, mais qui se sont exacerbés à un degré tel pendant ce conflit que je vais tous te les soumettre : « rapport de force », « solidarité », « courage », « détermination », « respect ». Mais aussi « merci » à toutes celles et ceux qui ont été derrière nous de bout en bout, qui nous ont accompagnés au long de ce conflit, une liste serait trop longue à définir, mais heureusement ils étaient là, et ça aussi ça compte ! Merci enfin à Barricata de m’avoir permis de m’exprimer.
Propos recueillis par Nico Pâtre.

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