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#05 - juin 2000 : Le professeur Détruit raconte LA COMMUNE DE PARIS
le 4/12/2004 21:24:34

"Sous les pavés...", les communards ! Savais-tu, camarade lecteur, que les fantômes des communards tombés pour la révolution accompagnent nombre de tes périples parisiens... Lorsque, groupés sous les bannières rouges et noires, les CéNéTistes descendent sur République par Belleville, ils réinvestissent les lieux des combats les plus acharnés, des plus effroyables massacres de 1871. Quand, exceptionnellement, le RASH Paris s'accorde quelques verres à Ménilmontant, il côtoie le mur des fédérés. Voici une description de Paris que tu ne trouveras pas dans le guide du routard...

Paris, ville rebelle

Au minimum 30 000 morts victime d'une justice de classe. Chaque tragédie à son décor et ses acteurs. Celui-là est factice, ceux-là sont grandioses. Le Paris du second empire a été profondément bouleversé par Haussmann. Les immeubles en pierre de taille ont tranché à vif dans le Paris populaire. A l'Ouest, une minorité de parvenus s'épuise dans un tourbillon factice de fêtes criardes que seule la guerre de 1870 avec la Prusse peut interrompre. Mais les quartiers ouest restent profondément populaires. Le peuple de Paris, c'est une élite ouvrière qualifiée de typographes, de métallurgistes, d'artisans, de terrassiers. Ils vivent dans le souvenir de la grande Révolution de 1793 et des massacres de juin 1848. Profondément attachés à leur ville, capitale des Révolutions, spécialistes de la barricade, ils ne desespèrent pas d'instaurer un jour la République sociale. Pour beaucoup Proudhon en est l'interprète. Ils rêvent d'une démocratie directe de petits producteurs. Deux mondes cohabitent sous la poigne impitoyable de la sûreté impériale.
Pourtant, lorsque éclate en 1870 la guerre contre la Prusse, que l'Empire s'écroule, que la République, que les ouvriers espèrent sociale, est proclamée et que les Prussiens s'approchent de Paris, la plupart des bourgeois parisiens s'enfuient de la capitale pour rejoindre leur résidence provinciale. Le peuple parisien reste et défend sa ville contre les bombardements prussiens, supporte les rigueurs de l'hiver et de la famine. Peuple patriote qui assimile la France à la terre de la Révolution, la patrie au gouvernement du peuple par lui-même et la Prusse à la réaction monarchiste. Pas d'anachronisme ! Le patriotisme communard, généreux et utopique, s'oppose à l'internationale hautaine et en dentelle des cours d'Europe. Paris résiste mais les réactionnaires, réunis à Versailles, capitulent. Les Parisiens sont trahis, leurs souffrances auront été vaines. Thiers, chef des versaillais provoque les Parisiens affamés en exigeant le paiement des loyers en retard, dans une capitale sinistrée, et la restitution des canons que le peuple parisien a acheté par souscription. Le 18 mars, les troupes de Versailles essayent de récupérer les canons regroupés sur la butte Montmartre. Entourés par la foule, les soldats mettent crosse en l'air et s'enfuient. Le peuple parisien organisé en garde nationale, armée populaire élisant ses propres chefs, proclame la Commune de Paris. La capitale est à eux : ils sont restés pour la défendre, ils ne la rendront pas.

Paris, ville libre

Maîtres de la capitale durant 72 journées, les communards s'efforcent de concrétiser leurs utopies. Mais l'essentiel de l'énergie des insurgés est employé à contenir l'avance des troupes versaillaises qui assiègent la capitale. Les communards veulent mettre en pratique la démocratie directe. C'est un foisonnement de commissions, de sous-commissions et de clubs populaires qui contrôlent les actes des élus de la Commune. Que de décrets généreux ! Citons la gratuité de l'enseignement et la loi de réquisition des ateliers. Mais ce souffle libertaire est rythmé par le bruit sourd des canons. Les communards rendent coup pour coup: Thiers bombarde Paris ? La Commune détruit son hôtel particulier place Saint-Georges. La réaction relève la tête ? La commune ordonne la démolition de la chapelle expiatoire (Chapelle, près de la gare Saint-Lazare, devant "expier" le meurtre de Louis XVI). Les galonnés rêvent de gloire militaire en bombardant les civils ? On détruit le 16 mai la colonne Vendôme, symbole du militarisme napoléonien. Les notables proclament avec arrogance qu'ils vont bientôt reconquérir Paris ? Les communards affirment avec force que "Paris sera à nous ou n'existera plus !" (Louise Michel), "qu'ils préfèrent s'ensevelir sous les ruines de la capitale que de la rendre" ! La commune est poussée à la guerre, elle qui n'aspirait qu'à s'offrir en exemple au reste du monde, à construire, à l'intérieur de la ville, une société plus juste. Un communard anonyme a parfaitement ressenti l'atmosphère de Paris libre, entre guerre civile et utopie:

A vous la France du prêtre, à nous celle du progrès,
A vous la France du fanatisme, à nous celle de l'intelligence,
A vous le crime, A nous l'humanité

Alors que l'on se bat à Asnières, à Neuilly et à Montrouge, les parisiens investissent les lieux les plus symboliques de la capitale. Les églises deviennent des clubs où l'on vient en famille discuter politique et manger entre amis, un saucisson à la main tandis que les bouteilles de vin, récupérées dans les caves bourgeoises, sont mises à rafraîchir dans le bénitier. Tous les soirs l'on va écouter d'émouvants concerts données aux tuileries, palais des princes devenu maison du peuple. Hélas, la Commune est militairement inorganisée et subit fin mai d'importants revers. Le 21 mai les soldats versaillais rentrent dans Paris par la porte de Saint-Cloud qui n'était même pas gardée... Les communards n'ont pas su vaincre mais ils sauront mourir.

Paris en ruines

Les communards ne peuvent pas stopper l'avancée des troupes versaillaises qui prennent la butte Montmartre le 23 au soir sans rencontrer de réelles résistances. A l'arrière des lignes, La troupe commence à fusiller. La "semaine sanglante" a commencée. Toute la France réactionnaire exulte, la bataille semble gagnée. Ce lâche soulagement fait rapidement place à l'effroi. Les communards incendient Paris. Les tuileries brûlent. Plus aucun roi ne s'y vautrera ! Le ministère des finances est la proie des flammes. Il contenait tous les titres de propriété, tous les emprunts de l'Etat. Les possédants voient littéralement la propriété partir en fumée ! On retrouve des titres de propriété calcinés jusqu'à Poissy. Partout les insurgés incendient des maisons pour dresser un mur de feu entre eux et les versaillais. 367 monuments et maisons sont incendiés. Lorsque les troupes atteignent les quartiers populaires, la résistance devient furieuse. On se bat entre les tombes du père Lachaise. Les soldats versaillais, une fois maîtres de la ville, exécutent à tour de bras. C'est une implacable justice de classe : Tout ce qui ressemble à un ouvrier est exécuté : homme, femme, enfant. Au mur des fédérés, ils ont creusé une profonde tranchée, alignent les prisonniers, les exécutent à la mitrailleuse, déversent de la chaux vive sur les cadavres et font avancer une nouvelle colonne. Le sort de ceux qui sont dirigés à Versailles pour y être jugé n'est guère préférable. Des dames de la Haute bourgeoisie essayent de crever les yeux des prisonniers avec leurs ombrelles. La Commune est vaincue, Paris est son tombeau, Versailles son enfer, les bagnes de la Nouvelle-Calédonie son purgatoire.

L'héroïsme de la Commune mais aussi la multiplicité de ses revendications en font le modèle des révolutions du siècle suivant. Ainsi, Lénine est inhumé à côté d'un des drapeaux de la Commune, l'un des bataillons des brigades internationales s'appelait "Commune de Paris". Les communistes ont récupéré et mythifié la Commune, masquant ainsi leur propre noirceur et reléguant dans l'ombre les aspirations libertaires et fédéralistes de nombre de communards.

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