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#05 - juin 2000 : COURT PORTRAIT DE LA SCENE REDSKIN AU CANADA
le 4/12/2004 21:28:22

Jeudi 8 juin, il est 11h et dans une heure, il faut aller chercher les camarades allemands de Revolution Times à l'aéroport de Roissy. En catastrophe, et avant le bouclage du zine, on fait une petite interview de notre pote red du Québec, Bertrand.

Barricata - Tu préfères qu'on parle du Québec ou du Canada ?
Bert - Dans le fond, ça revient à la même chose. Québec ou Canada, on s'en fout, nous, on n'est pas nationalistes. Et la scène est plutôt concentrée sur Montréal, Toronto et Vancouver.

Barricata - tu veux dire qu'il y a des skins de gauche qui sont nationalistes ?
Bert - Oui, mais c'est pas un gros nationalisme, ils sont vraiment à gauche, ils viennent en manif et ils ont des drapeaux canadiens sur les bombers…Pas le drapeau du Québec, ça c'est le truc des fafs ou des apos de droite.

Barricata - Pourquoi portent-ils un drapeau ? C'est un peu comme les sharps américains…
Bert - Y'à plus beaucoup de sharps aux Etats-Unis, c'est la scène apo qui marche, ou la scène red. Sinon, le drapeau, c'est pas facile à comprendre, mais c'est pour dire qu'ils sont de là, c'est pour marquer l'endroit où ils vivent.

Barricata - Cela donne quoi la scène red au Canada ?
Bert - Moi, je connais surtout les reds de Montréal et Toronto. C'est pas vraiment une scène, on est assez "mélangé" avec les sharps, les trad, et évidemment les keupons, eux ils sont nombreux, y'en a beaucoup plus qu'en France. Les trads de Montréal sont clairement antifascistes, on s'entend bien avec eux, et si des fafs arrivent, ils vont leur taper sur la gueule. A Montréal, y'à une grosse cinquantaine de skins, dont une quinzaine de reds.

Barricata - Les Moloko skins, c'est quoi ?
Bert - C'est une bande d'amis, une bande de rouges, on est regroupé autour de Kaptains Moloko, notre ancien groupe de Oi! & Ska. On vient tous de l'île Perrot, en banlieue.

Barricata - Vous êtes plutôt communistes ou anarchistes ?
Bert - On est plus anarchistes, clairement. On travaille avec tous les groupes anarchistes : le COBP (Citoyens et Citoyennes Opposés à la Brutalité Policière), l'ARA (Anti Racist Action). Avec le Sharp, on fait la sécurité des concerts. On va dans tous les concerts de soutien, et on bouge dans toutes les manifs.

Barricata - Y'à pas de syndicat anarchiste ?
Bert - Vraiment, mais vraiment pas. La scène anarchiste est plutôt mal organisée. Avec le monde qu'on est, on devrait tous travailler ensemble. On n'est pas beaucoup d'anarchistes, c'est dommage de voir des petits groupes partout alors qu'on pourrait en faire un gros.

Barricata - Class War Cartel, c'est quoi ?
Bert - Class War est une orga qui rassemble, entre autres, des RASH des USA et du Canada (Chicago, Ohio, Baltimore, Saint-Louis, Montréal, Toronto…) Le but, c'est de créer une organisation redskin et autogestionnaire : acheter un Black appartement et tous vivre dedans, faire vivre une scène, organiser des concerts, faire des manifs, casser des MacDo et brûler des postes de police… Faut dire qu'on a beaucoup de problèmes avec la police. Vous autres, vous avez le droit de manifester, nous, on se fait aussitôt embarquer. Mais c'est pas qu'une orga skin, les keupons travaillent avec nous aussi, les rappeurs, tous les styles underground.

Barricata - Niveau musique, quels groupes ?
Bert - Une scène plutôt keupon. Sinon, les groupes jouent de tout, du Ska, Punk, Hardcore… Comme groupes, y'à les Street Troopers, ils font du street-punk, le chanteur est un rouge. Jeunesse apatride, c'est mon nouveau groupe, je suis guitariste. On fait de la Oi! politique, mais aussi de la connerie (bière et copains). Les Prowlers, c'est un groupe de Montréal qui fait de la Oi ! apo mais antiraciste. Les ordures ioniques, y font dans le punk. Mais y'à vraiment plein d'autres groupes…

Barricata - On en a déjà parlé hier, mais la législation sociale, ça a pas l'air terrible au Canada !
Bert - On travaille 40 heures par semaine, et on n'a pas 5 semaines de congés par an. Nous, on n'a que deux semaines parce qu'on ne travaille que depuis 3 ans. Dans 3 ans, on passera à 3 semaines. Dans 8 ans, on aura 4 semaines. Mais si tu changes d'emploi, tu recommences à zéro, et tu recommences au salaire minimum, qui est au niveau du seuil de pauvreté. Si tu donnes ta démission, t'as pas d'allocations chômage…(ça fait peur ! Ndlr)

Barricata - Y'a pas beaucoup de militants révolutionnaires au Canada ?
Bert - Non, y'en a pas beaucoup. Les gens préfèrent boire des bières et regarder la télé. Y'à pas grand monde en manif et la grève est mal vue par la population. Si tu fais de la casse, c'est encore pire. (c'est le XIXème siècle ! ! ! Ndlr) Quand t'es militant au Canada, il faut que tu sois prêt à faire de la prison, parce qu'on te considères comme un trouble à l'ordre public.

Barricata - J'ai pas envie de parler des fafs, mais y'en a pas mal, non ?
Bert - Oui, il y en a beaucoup, et ils sont pas petits ! Ils font souvent 6'2''… (6,2 pieds. Ndlr). C'est pas les jeunes quoi posent problèmes, ils nous font pas peur, mais c'est plutôt les vieux qui sont vraiment durs.

Barricata - un dernier mot ?
Bert - "Building the revolution one beer at a time".

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