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#07 - été 2001 : ANTIFASCISTISK AKTION, SUEDE
le 4/12/2004 21:44:25

Interview.

BARRICATA : On a entendu parler en France de la violence des nazis suédois, notamment à l'occasion de l'assassinat de Björn Söderberg en octobre 1999. Qu'en est-il aujourd'hui ?
Kurt Svensson : Le mouvement nazi suédois est rentré dans le mur en 98/99. Des conflits internes, ainsi qu'une résistance plus ardue de la part des antifascistes, mais aussi de l'État, contre le mouvement "white power music" fit que beaucoup de choses à l'intérieur du mouvement nazi cessèrent de fonctionner. Les journaux nazis cessèrent de paraître, le recrutement chuta presque complètement et de nombreux activistes quittèrent le navire. Cela coupa la route à la rhétorique militante. Dans un mouvement de panique, les nazis essayèrent de faire parler d'eux par tous les moyens. Mais lorsqu'ils firent exploser une voiture à Nacka (banlieue de Stockholm), qu'ils assassinèrent Björn, puis posèrent une bombe dans la maison de Joe Hill, la réponse de l'État fut très brutale. La répression s'accrut, ainsi que les critiques de la part de la presse. Le mouvement national-socialiste en Suède s'est réduit à environ 800 personnes. Cela inclut à la fois les militants les plus radicaux et les nazis de salon. C'est le noyau dur incurable, définitivement insensible à la pression de la presse, de la police ou des actions antifascistes. Et notre grand problème est que cet "antifascisme d'État" a récupéré les actions des militants antifascistes. Malgré tout, il faut admettre que l'État est plus efficace que nous. Quand 80 nazis ont manifesté en mémoire de Rudolf Hess à Stockholm au mois d'Août dernier, ils étaient plus nombreux que les contre-manifestants. Quand un nazi a été poignardé par des jeunes immigrés au mois de décembre, tous les mouvements nazis se sont rassemblés pour une manifestations dans une banlieue de Stockholm et le mouvement antifasciste s'est laissé déborder. Ces deux événements ont été très encourageants pour les nazis. Ils ont pu parader à Stockholm comme jamais ils ne l'auraient pu il y a deux ou trois ans. C'est donc un gros sujet de préoccupation pour l'AFA, savoir comment nous allons continuer notre combat. Nous réfléchissons à la meilleure façon de maintenir le mouvement intact, même en n'étant pas impliqués au quotidien dans une lutte dans les rues et sur les marchés. Comment maintenir notre structure, même quand nos "compétences" spéciales ne sont pas nécessaires au quotidien. Comment s'organiser rapidement quand c'est nécessaire. Et comment les activistes les plus anciens peuvent transmettre leur expérience aux nouveaux activistes de terrain.

Le gouvernement est-il tolérant avec les nazis, au nom de la liberté d'expression, même si c'est contre la démocratie ?
En fait, la société suédoise a changé d'attitude vis à vis des nazis après la vague de violence de 1999. Je ne dirais pas que le suédois moyen appréciait les nazis avant cela, mais la société a maintenant compris que le national-socialisme est vraiment la haine contre les individus, même si ce n'était pas une véritable menace contre la sûreté de l'État. Le gouvernement suédois a aussi compris qu'il y avait un grand intérêt à se présenter comme "radical" envers les nazis, ce qui permet dans le même temps de démanteler le système social et s'adapter aux règles du capitalisme européen. Il n'est donc pas vraiment question de "tolérance". En revanche, il y a toujours une haine de l'État contre la démocratie et les mouvements de gauche anticapitalistes. C'est ainsi que l'État et les médias parlent volontiers des "extrémistes", qui regroupent selon eux les nazis, les anarchistes, le crime organisé, etc. Même si aucune interdiction n'a été prononcée, quand on a débattu de l'interdiction des organisations nazies, on a vite dérapé vers une loi très élastique qui concernerait tous les "extrémistes" indésirables. Le raisonnement que la police a utilisé plus tôt au cours des années 90 pour protéger les manifestations nazies, comme quoi "tout le monde a le droit d'exprimer son opinion" a changé du tout au tout. Et quand la police a voulu essayer d'utiliser la nouvelle loi contre la gauche, cela a parfois fonctionné, parfois non. Par chance, il y a toujours une tradition de gauche libertaire dans les médias, ce qui nous protège d'une prise de pouvoir total par la police.

Quelles actions mène l'AFA Suède contre les nazis ?
Le réseau AFA Suède a travaillé pendant de nombreuses années comme des pompiers qui interviennent d'urgence. D'un jour à l'autre, il fallait simplement se précipiter dans la rue et foutre sur la gueule des nazis. Nous n'avions pas beaucoup de temps pour les discussions idéologiques profondes ou des débats "tactiques/stratégiques". Quand nous avons pu lever le pied en 98/99, nous avons analysé la situation et nous nous sommes concentrés sur les structures nazies qui continuaient à exister. Les labels de disques, les structures de parti, les activistes nazis répertoriés. Ils ont pu goûter au fouet comme on dit. Nous avons également développé nos activités vers l'extérieur afin d'inclure d'autres parties de notre "mini plate-forme" commune contre le racisme, le sexisme, le capitalisme et l'homophobie. L'AFA Stockholm a mené une campagne "Shitz" très réussie, campagne qui se dressait contre l'image avilissante véhiculée par les journaux masculins, particulièrement le journal Slitz (connu sous le nom de Shitz (la merde)). Les journaux subirent de fortes pressions, et de nombreuses jeunes filles rejoignirent l'AFA. Malheureusement, nous n'avions pas la capacité d'organisation nécessaire pour accueillir tous ceux qui voulaient nous rejoindre. En résumé, au début c'étaient les nazis eux-mêmes qui déterminaient notre emploi du temps, puis comme nous avons gagné le combat de la rue, nous avons pu mettre en place notre propre planning d'activité. Le problème ensuite c'est que c'est l'État qui a commencé à décider du programme, et que nous n'avons pas encore réussi à franchir le cap pour l'instant. Nous espérons que les activités autour de GBG 2001 nous permettront de changer cette situation.

Comment les partis politiques considèrent-ils l'AFA ?
Les partis politiques établis nous regardent comme des "terroristes de maison de jeunes". Faits de la même étoffe que les mouvements nazis, mais avec d'autres "intentions déclarées". Les partis de gauche ont un plus grand respect pour l'AFA, mais ce n'était pas le cas au début des années 90. Après que nous ayons montré que nous étions capables de résister aux nazis et de gagner la guerre de la rue, ils nous ont acceptés. Nous avons aussi beaucoup travaillé pour élargir notre auditoire et faire comprendre notre action à un plus grand nombre et faire entendre notre point de vue aux forces de gauche qui veulent bien nous écouter. Et afin d'entrer dans de plus grandes coalitions, mais également dans une stratégie pour survivre, afin de nous protéger si une répression devait commencer réellement. Notre souci d'être compris nous a également permis d'être beaucoup plus crédibles.

Est-ce que les jeunes suédois sont conscients du problème nazi, et sont-ils suffisamment politisés pour réagir ?
Les jeunes suédois ne sont pas politisés. On peut d'ailleurs dire la même chose de l'ensemble de la société. La politique, les mouvements populaires et autres se comportent comme n'importe quel produit de consommation, le culte du divertissement infiltre la vie quotidienne. Et la politique n'est pas sexy. De ce point de vue l'AFA, et la gauche suédoise, ont manqué leur objectif. Les nazis étaient beaucoup plus malins que nous pour utiliser la musique comme lien. Et ont amené le mouvement "white power music" à se développer très rapidement en peu de temps (93/94). Notre "culture" est très fermée et cloisonnée. C'est une sous-culture tout simplement. Il y a des choses qui se débattent de temps en temps, mais nous n'avons pas réussi à les appliquer sur le plan pratique. L'AFA reçoit beaucoup de lettres qui disent "venez m'aider dans mon école" comme si nous étions une sorte de milice mobile. Nous ne pouvons que les encourager à agir eux-mêmes, ce qui n'est pas si simple si on n'est pas éduqué pour agir. Et à partir de ce fait c'est une discussion de classe qui s'ouvre. La classe moyenne suédoise est beaucoup plus prête à agir alors que la classe ouvrière subit plus souvent son rythme de vie. Les mouvements de jeunesse non parlementaires sont dominés par une majorité de jeunes issus des classes moyennes, c'est également le cas de l'AFA.

Y a-t-il des redskins et des antifas radicaux en Suède ?
Le phénomène Redskin et Sharpskin n'a jamais réussi à prendre pied en Suède, au Danemark ou en Finlande. Au milieu des années 90, il existait un début de mouvement en Norvège, mais il a disparu depuis. En Suède, il y avait tellement de nazis que tout ceux qui leur ressemblaient de par les fringues risquaient de prendre une raclée, ce qui fait que seuls les nazis convaincus assumaient le style skinhead. Et un des objectifs de l'AFA a été que même les nazis n'osent plus avoir ce look. Ce qui est dommage parce qu'ils étaient beaucoup plus facile à repérer et à identifier.

Quel est le rapport entre la musique et les antifascistes ? Y-a-t'il un mouvement musical antifasciste ?
En fait la réponse est non, si l'on excepte un très petit mouvement punk, pas très populaire. Il y a bien une petite scène antiraciste hip hop, mais les gens de gauche ont eu du mal à y adhérer pour deux raisons. La première est parce les textes ont souvent un contenu sexiste, qui va par exemple à l'encontre de la mini plate forme de l'AFA et des mouvements anarcho-féministes, et la seconde est que cette musique est le plus souvent appréciée par des jeunes immigrés qui ne s'impliquent quasiment jamais dans les organisations politiques.

Est-ce que l'AFA est composée d'anarchistes et d'anarcho syndicalistes, ou les membres viennent-ils aussi d'autre part ?
L'AFA est un mouvement non parlementaire et les groupes sont autonomes. Les options politiques varient d'un groupe à l'autre. Mais tous ont la liberté de leur mode d'organisation, comme organisation de réseau. En revanche, dans les groupes AFA on peut trouver des marxistes autonomes et des communistes, des jeunes syndicalistes, des anarchistes, des socialistes libertaires, etc.. En d'autres mots toute la variété des mouvements non parlementaires.

Quels sont les liens entre l'AFA et la SAC (Anarcho Syndicaliste)?
L'AFA et le SAC n'ont aucun lien officiel. Il y en revanche des liens personnels très forts parmi les activistes. De nombreux activistes de l'AFA sont également syndiqués et membres de la SAC. Au début des années 90, de nombreux dirigeants de la SAC étaient très critiques vis à vis de l'AFA. Ça a changé, comme parmi les partis de gauche. Après l'assassinat de Björn Söderberg (et le congrès de la SAC en 1998) les liens entre l'AFA et la SAC se sont renforcés. Mais les deux organisations demeurent indépendantes.

Que va faire l'AFA pour GBG 2001 (contre-manifestation au sommet de l'Union européenne à Göteborg en Suède, 14/16 juin 2001)?
Nous allons stopper la réunion au sommet de l'Union Européenne ! Oui, nous prenons part à la grande coalition qui travaille sur la rencontre Göteborgsaktion 2001 en même temps que nous sommes largement impliqués dans le réseau contre les activités racistes. Nous allons tenir une sorte de séminaire sur l'antifascisme d'État pour débattre de son influence notre mouvement. Cela permettra de bénéficier de l'expérience de cette problématique en Allemagne, en Norvège et en Suède. Nous organiserons même un bloc antifasciste dans la grande manifestation du Samedi 15 juin. Nous attendons au moins deux mille antifascistes qui viendront de Scandinavie et de l'Europe du Nord. Et il y aura probablement quelques surprises.

Propos recueillis et traduit par Fred ALPUNK

Plus d'infos (en anglais)
sur l'AFA-Suède : www.motkraft.net/afa
sur l' AFA et GBG 2001 www.motkraft.net/gbg2001
E-mail international : afasweden@motkraft.net

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