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#08 - février 2002 : RUDE BOYS UNITY FESTIVAL, 2nde EDITION
le 4/12/2004 21:53:12

5,6,7 octobre 2001

Genève, ça pue le fric, la sape, les bijoux et le franc suisse, mais comme tout Iceberg, il y a une face cachée. Il faut frapper aux bons endroits, rencontrer les bonnes personnes, et la ville devient magique. L’underground, la contre-culture, l’opposition au système s’inscrivent en partie dans le mouvement des squatts, il y en a plus de 80 dans la ville et il y eut jusqu’à 3000 squatteurs à la grande époque. Le mouvement, même s’il s’essouffle, constitue une véritable toile d’araignée à laquelle nos camarades des rudeboys unity participent. Les squatts sont nés de la spéculation immobilière et de la pression des sans logis dans les années 80. Nos amis les propriétaires ont réduit l’offre pour augmenter la valeur de la demande. Un mouvement de résistance et d’occupation a pris forme. Le gouvernement suisse, peut-être plus malin que son compère français de l’époque, a pondu un texte visant à protéger les squatts tant que le proprio ne développait pas de projet autour du dit lieu. En clair, tout appart vide plus de trois mois sans projet de rénovation, d’aménagement est…légalement squattable!
L’Usine n’est pas un squatt mais un centre autogéré, mis à disposition par la municipalité. Ce cadeau empoisonné, voué à «enterrer la contestation» est devenu un formidable outil de contre culture. Les camarades du rudeboys ‘n rudegirls unity crew ont décidé de remettre cette année une nouvelle couche d’antifascisme sur la Suisse qui en a bien besoin. La programmation de l’année passée qui pourtant était de qualité paraît bien timide par rapport à celle de cette année. Il faut dire que l’apéro avait bien marché puisque 800 personnes s’étaient déplacées pour voir la BFM, René Binamé, les Partisans et les P4 (cf Barricata #6) en novembre 2000. Cette année, on est passé aux choses sérieuses avec 26 groupes (dont la crème européenne), une expo photo et plus de 4000 entrées en 3 jours!
Ce festival, avec la tournée du RASH en France, a constitué l’événement majeur de cette fin d’année pour notre scène. Au-delà de la prouesse, fruit du travail rigoureux de l’équipe des R.U, ne nous trompons pas sur la réalité de ces trois jours. Il s’agit du plus grand rassemblement sharp et red européen de ces derniers temps. Les touristes sont venus de partout: Pologne, Allemagne, Espagne, Italie, France (et il manquait du monde BORDEL!!!), Russie… Le fait que cela se passe en Suisse n’est pas innocent non plus, les médias nous parlent de la violence néonazie suisse (souvenons-nous de cette fameuse blague d’Arte intitulée «skin or die»), mais tout ça, encore une fois nous cache la réalité de l’opposition anticapitaliste et antifasciste suisse. Cela va des 1ers mai de Zurich où les BB ont un rôle plus que prédominant dans les émeutes, en passant par des bars souterrains comme le madone’bar, et une réalité skinheads des plus intéressantes. La scène alternative est bien vivace en Suisse. Jeunes lookés sensibilisés politiquement, programmations culturelles pertinentes, groupes locaux alléchants ou prometteurs, militants de valeur (humaine et politique)…

Mais revenons à l’objet premier de cet article, le festival. En un mot c’était une véritable boucherie, une tuerie. 2000 personnes, dont quasiment la moitié de neusks, de rude girls, reds et sharps notamment ceux de Lille (en force), ambiance fraternelle et conviviale, bref de la bombe, enfin pas tout à fait puisque celle des fachos a fait un bide. Ces derniers se sont essayés à l’alerte à la bombe. Manque de bol, en voulant provoquer un incident avec l’évacuation des 700 bourgeois de l’opéra voisin par une autre alerte, ils nous ont offert une bonne partie de rigolade. Il faut dire que les Italiens ont placé très haut la barre de la parodie, sans doute un héritage de la Commedia del Arte.
Le premier soir a commencé fort, nos potes de Ska War, J’aurais voulu (le Fanta crew), des Protex, déjà y’a pas à dire ça le fait. Pour ma part Ska War, c’était la bonne surprise. Pas convaincu du tout par le CD, j’ai grave kiffé sur scène. Les René Binamé ont pas mal déchiré aussi, il faut dire que le public a mis une ambiance d’enfer en reprenant la plupart des chansons…La grosse déception de la soirée, ce fut 8°6 crew, un concert «sans», pourtant le public était chaud puisqu’il a demandé un deuxième rappel que les zicos n’ont pas fait.
Le lendemain, il fallait être à l’usine pour écouter le best de la working class music européenne. Tout d’abord les italiens de Senza Sicura. Y’a rien à dire, ça joue et avec une véritable présence. Les Opcio-K95 sont heureusement sont moins à la ramasse musicalement que politiquement. «Skinhead only red» a été repris avec rage par toute la salle. Désolé pour les potes de Ya Basta qui font un son encore plus percutant depuis l’arrivée de leur trompettiste, mais là je voulais voir les Fastidios.
Dans la nouvelle formation, il ne reste qu’Enrico. Mais les nouveaux jouent bien. Chants terribles, Pogo endiablé, chœurs envoûtants, vivement la tournée française en avril! La Brigada a fait un grand show, un des meilleurs que j’ai eu l’occasion de voir. En même temps y’a pas de secret, lorsque la majorité du public attend un groupe, connaît les paroles de toutes les anciennes chansons et se la donne dans le Pogo, ça ne peut que marcher. Les nouveaux titres cartonnent. On sent que le groupe a fait du chemin La grande Denise s’est carrément défroquée pour un «Chanal» mémorable, et la reprise de «Salut les copains» avec le crew sur scène, donne toute la dimension au morceau.
Le troisième soir, je ne suis quasiment pas resté. J’ai assisté à Grimskunk, les Tagada ont joué comme d’habitude, ça envoie fort et c’est carré. J’ai entendu dire par les potes que les Klasse Kriminale étaient blasés d’avoir joué le dimanche soir, d’autant plus que la grande majorité du public intéressée par ce groupe était déjà repartie à la maison.
En quelques lignes et pour conclure, ce festival fut une véritable réussite. Il est clair que le «unity» des «rudeboys» n’est pas un mot creux pour ces lascars. La présence de l’expo photo sur la scène alternative de Yann Derais était une bonne idée, la fresque du gars Poch à l’entrée a donné une touche esthétique supplémentaire à l’ensemble. Je n’ai qu’un seul regret, c’est que certaines tables de presses françaises n’aient pas été tenues (comprendre celle du RASH Paris. Ndlr) et peut être aussi l’absence de débats ou projections de films à caractère militant l’après midi. Mais je ne doute pas que pour la troisième édition, notre ami Micro pourra nous organiser cela, vu la gueule de sa vidéothèque…
Merci à Steph et Jo pour leur accueil chaleureux, mister Vince («on remet ça?»), Micro (le contact visuel). Salut aux personnes qui ont fait de ce moment ce qu’il a été.

YD.

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