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#08 - février 2002 : RASH QUEBEC
le 4/12/2004 21:56:42

Interview de nos fiers cousins outre-atlantique

Le RASH Montréal vient de se créer, qui en est à l'origine ?
Le SHARP Montréal existait depuis quelques années. Les skins d’extrême-gauche prenaient une grande place dans l’organisation et la lutte antifasciste, mais cela ne suffisait plus pour plusieurs d’entre eux. Une accalmie temporaire de l’activité des boneheads a ouvert la porte à des actions révolutionnaires. Ce sont donc certains membres de SHARP et quelques autres individus qui ont organisé RASH Montréal l’hiver dernier pour approfondir la lutte.

Pourquoi avez-vous décidé de créer votre propre mouvement, n'y a-t-il pas déjà des structures de lutte politique ou militantes ?
Il y a plusieurs organisations révolutionnaires à Montréal, mais elles ne répondaient pas nécessairement à nos désirs de lutte. Nous préférons la lutte concrète, l’action directe, agir dans nos milieux de travail, tandis que les autres organisations centrent davantage leurs activités sur la propagande, les forums de discussions et des actions symboliques.
Il est aussi difficile pour les redskins montréalais de travailler avec des individus plutôt pacifiques. La culture skinhead est souvent critiquée par la gauche politically correct. Ils associent souvent notre attitude «confrontante» au machisme par exemple.
Le RASH gagne une certaine solidité et solidarité hors du commun pour des organisations politiques grâce à notre amitié à la base. RASH Montréal a aussi pour mandat de politiser et de renforcer la scène punk-skin, ce qui ne pourrait être fait dans une autre structure politique.
En tant que groupuscule caractérisé par une sous-culture, nous demeurons à l’abri de l’infiltration policière que subissent des cercles plus ouverts. Ceci s’est d’ailleurs reflété dans les préparatifs du sommet de Québec où la police visitait ouvertement ou de façon anonyme différents meetings politiques.

Quelles sont les influences politiques du RASH Montréal ?
Il est impossible de décrire les influences politiques de chacun, mais le RASH Montréal est définitivement libertaire. Ce qui nous réunit est le désir d’une société sans classe, où la démocratie directe est appliquée dans toutes les fibres de la société ainsi qu’un anticapitalisme virulent. On se rejoint aussi par les moyens de l’atteindre, c’est-à-dire tous les moyens nécessaires.

L'immigration ne semble pas être ici un problème, puisqu'elle est encouragée par le gouvernement. Y a-t-il des problèmes de racisme importants ?
Le Canada et le Québec sont des terres d’immigrants, très récentes en ce qui concerne l’Ouest Canadien. Cependant l’immigration non-européenne depuis 25 ans fait chialer des cons, malgré notre histoire. Le gouvernement actuel encourage l’immigration, mais le racisme demeure institutionnalisé. Non, ce n’est pas aussi grave qu’aux États-Unis, mais nous avons des ghettos ethniques et de la discrimination à tous les niveaux de la société, malgré une image internationale de tolérance et de multiculturalisme.

Les skinheads nazis sont-ils nombreux, et quelles sortes d'actions mènent-ils?
Oui, ils sont relativement nombreux et il y a présentement une recrudescence de leurs actions. Principalement, ils attaquent les punks, skins et militants d’extrême gauche, mais aussi parfois les minorités visibles ainsi que les prostituées; quelle bravoure! Ils organisent des spectacles ultra-secrets auxquels participent trente à cinquante boneheads. Ils sont actuellement poursuivis en justice pour le meurtre d’un mec innocent l’année dernière.

Le gouvernement et la police sont-ils tolérants vis à vis d'eux ?
Malgré l’existence légale de «crimes haineux» lourdement pénalisés, cette clause n’a jamais été utilisée contre eux au Québec. Les policiers sont très tolérants envers les boneheads, car ceux-ci les aident à «nettoyer» les rues. Par exemple, il y a quelques années la police a passé un été complet à distribuer des contraventions ridicules à des homosexuels fréquentant un parc de la ville pendant qu’une poignée de boneheads massacraient des gays à quelques centaines de pieds, sans se faire déranger. Présentement, ils attaquent fréquemment des punks dans l’Est de la ville sans jamais se faire sérieusement déranger par les policiers. Malgré tout, il y a eu plusieurs arrestations il y a quelques années lorsqu’un gang de boneheads armés jusqu’aux dents a fait quelques raids dans des bars punks.

Y a-t-il un mouvement "white power music" ou RAC au Québec ?
Il y a des groupes white power, éparpillés un peu partout au Canada, mais les scènes WP sont très régionales et ne forment pas nécessairement un mouvement en tant que tel. Le RAC, ce n’est pas sérieux.

Et une scène Redskin ou antifasciste au Québec ? Qui la constitue ?
On peut considérer Montréal comme ayant une scène Redskin car nous produisons des spectacles, on compte quelques groupes s’y rattachant…mais c’est la seule ville au Québec qui ait une concentration suffisamment forte de redskins pour en faire une scène. Du côté musique, on a une scène assez forte avec des groupe comme Moloko+ , Jeunesse Apatride, Provos qui donnent dans le punk-Oi! et Fate-to-Hate qui donne dans le hard-core «new-york city style». Street-Troopers ont malheureusement tiré leur révérence mais le cœur du groupe se retrouve dans Fate-2-Hate. On distribue des disques et de la littérature révolutionnaire avec Class War Distribution et on travaille en parallèle avec Insurgence Records qui viennent de rééditer l’album de la Brigada, entre autres.

La défense de la francophonie s'inscrit-elle dans votre action ?
Quel sens politique cela prend-il ici de chanter en français ?
Non. Par contre, tout le monde est très heureux lorsqu’un groupe chante en français; c’est plutôt rare. Depuis trente ans, le contexte anglais-français a bien changé. Avant les francophones étaient les pauvres et les anglo-saxons étaient les riches. C’était une lutte de classe nationale. Mais aujourd’hui, il y a une grande bourgeoisie francophone. La lutte perd de son sens à ce niveau.

Quelles actions le RASH Montréal entend-il mener ?
Nous avons trois grands objectifs et nos actions vont dans ce sens. Premièrement, RASH Mtl. a comme premier objectif l’empowerment de la scène punk/skin sous des valeurs d’extrême-gauche: en favorisant l’autogestion, en organisant des spectacles, en participant à des groupes musicaux, en produisant de la littérature révolutionnaire, en distribuant de la marchandise à connotation révolutionnaire (ex: T-Shirts, cds,…) et surtout, en créant un lieu d’expression culturelle autogéré, c’est-à-dire un squatt. Le projet de squatt intègre aussi à long terme l’ouverture à toute la communauté locale comme centre de référence, bibliothèque révolutionnaire ou toute autre initiative possible.
Le second objectif est l’amélioration des conditions de vie de la classe laborieuse dans l’immédiat. C’est-à-dire, tout ce qui concerne, le logement, le travail, le filet social, la répression policière… Troisièmement, RASH Mtl. a comme objectif final la révolution. RASH Mtl est pour une démocratie directe profondément incrustée dans tous les aspects (travail, école, communauté) d’une société sans classe.
Pour atteindre nos objectifs, nous croyons que tous les moyens sont nécessaires, de la propagande, à l’action politique jusqu’à l’action directe. Nous commençons à écrire un zine politique nommé Le Trouble. Nous avons participé aux discussions entourant la création d’une coalition provinciale de partis révolutionnaires et participons à multiples manifs à notre façon.
Bien sûr, il ne faut pas oublier la confrontation directe avec l’extrême-droite.

Quelle est la place des femmes au sein du RASH ?
Malheureusement, il n’y a pas assez de femmes (1/5) au sein de RASH Mtl., comme dans la scène skin en général. Cependant, celles-ci sont des membres très actives et nous avons pris une position clairement antipatriarcale et tentons d’éliminer les traces qui en subsistent dans nos rangs.

Avez-vous des rapports avec d'autres organisations et mouvements ?
RASH Mtl. collabore de façon large avec syndicats, organismes communautaires, organisations et partis de gauche. Cependant, RASH Mtl. collabore de façon directe avec les rassemblements et individus d’extrême-gauche lors de l’organisation et de l’application d’actions révolutionnaires.
Nous sommes récemment devenu sympathisants de la NEFAC (North Eastern Federation of Anarcho-communists). Sur le terrain, nous travaillons avec pratiquement toutes les organisations qui nous ressemblent politiquement; la CLAC (Convergence des luttes anticapitalistes) le Comité des sans-emplois , le Comité Quartier-Est, etc. On est pas difficiles, mais on a de la misère avec les ultra-pacifistes.

On vous a vu assez actifs lors de l'occupation du squatt de la rue Overdale, comment vous situez-vous maintenant par rapport à cette initiative ?
Il y a eu beaucoup de développement dans ce dossier. Malgré notre opposition, le collectif d’Overdale a accepté d’emménager dans un immeuble (assez remarquable) désaffecté du gouvernement municipal. Le maire a changé d’idée et a voulu mettre le monde à la porte. Nous avons une vision beaucoup plus serrée de la gestion d’un squatt que ce qu’il se pratique à cet immeuble nommé le squatt Préfontaine. Nous planifions d’ouvrir un nouvel endroit plus petit avec un autre groupe d’affinités, très efficace et radical. Nous supportons quand même le squatt Préfontaine à 100%. C’est une première en ce qui concerne un squatt politique au Québec et nous sommes fiers d’en faire partie.

Comment les mouvements alternatifs et libertaires considèrent-ils le RASH et les redskins ?
Dans ce milieu, il y a beaucoup de préjugés par rapport aux skinheads, mais on ne se plie pas en quatre pour plaire non plus. Ceux qui ont appris à nous connaître apprécient beaucoup notre présence en tous temps et la sollicitent lors d’évènements où une mobilisation physique est nécessaire.. Par exemple, nous allons faire la sécurité à la conférence nord-américaine annuelle de ARA (Anti-Racist Action) à Montréal.

Les jeunes Québécois sont-ils politisés, et sont-ils suffisamment politisés pour agir?
La population en générale n’est pas politisée en Amérique du Nord; c’est pathétique. La culture politique du peuple canadien est passive et réactionnaire. Il y a énormément de chemin à faire. Cependant le Sommet de Québec a été un éveil pour plusieurs jeunes.

Quelle est votre regard sur ce qui s'est passé à Gênes, lors du dernier sommet du G8 ? Avez-vous participé aux manifestations contre le sommet de Québec ?
Gênes est la continuité de Seattle et des autres évènements symboliques de la mondialisation. Gênes et les autres sont aussi un renouveau de l’internationalisation de la lutte de classe. La violence des autorités ne nous surprend pas du tout. Nous espérons que celle-ci ne sera pas banalisée auprès des masses.
En ce qui concerne Québec, nous y étions avec toute notre rage. Nous étions dans la zone rouge, collaborant avec le Black Bloc. Pour des raisons légales, nous ne pouvons détailler notre action directe dans vos pages.

Le prochain sommet du G8 se déroulera au Canada, mais dans les montagnes. Quel accueil pensez-vous réserver au Conseil d'Administration autoproclamé de la World Company ?
Le village de Kananaskis est à environ 35 heures de route de Montréal. Nous allons essayer d’envoyer quelques individus par avion, mais on est pas riches. Je suis allé visiter le site il y a quelques semaines lors de mon voyage de pêche dans les Rocheuses; sans blague. C’est au milieu de «fucking nowhere» et il n’y a qu’une route pour y aller. De plus, ils peuvent fermer le petit pont qu’il faut traverser pour aller au village. La rivière peut être traversée à pied, mais l’eau risque d’être trop haute au printemps. Ça regarde mal. Il risque d’y avoir des manifs dans les grands centres urbains au Canada.
Merci les gars, à bientôt!

Propos de Nic + Bert + Candace du RASH Montréal,
recueillis par Fred ALPUNK


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JEUNESSE APATRIDE

Jeunesse Apatride est un groupe issu de la banlieue Ouest de Montréal. Existant depuis environ 2 ans, le groupe est formé d'anciens membres de Kaptains Moloko, des Skouidjs et des Sautées Sauterelles. Ils donnent dans le street punk/oi! avec des textes bien conscientisés traitant de la réalité et des problèmes de la vie de tous les jours, mais aussi des beuveries entre copains et des fiestas recommencées chaque semaine, parfois même chaque jour. Le groupe est maintenant composé de 7 membres, dont Ripo et Maryse aux accompagnement théâtraux, Bert et Fripouille aux guitares, Corinne à la basse, Max aux drums et sans oublier la merveilleuse voix de Caro au chant. Certains des membres faisant partie du RASH et des moloko-skins, d'autres étant anarchistes, Jeunesse Apatride lance des messages mais les applique aussi dans sa vie, que ce soit face aux fachos ou bien face à la police. Côtoyant des groupes comme Street Troopers et Moloko+, ils préparent un album 10 titres qui s'intitulera "Pas de comptes à rendre". Pour plus d'infos, écrire à Jeunesse Apatride : moloko_skins@hotmail.com

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