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#08 - février 2002 : INSECURITE - A qui profite le crime ?
le 4/12/2004 21:57:21

«40 000 escrocs, 15 000 petits voleurs, 10 000 voleurs avec effraction, 40 000 honnêtes filles vivant du bien d’autrui, font une masse de 110 000 à 120 000 personnages un peu difficiles à administrer. Si Paris a 1 200 000 âmes de population, vous voyez que les petits voleurs étant au nombre de 120 000, il se trouve un coquin sur 10 honnêtes gens.»

Comme nous le rappelle Balzac, le débat sur «l’insécurité» en France n’est pas exactement nouveau, avec, dans le rôle des «sauvageons» du Paris du XIXième, les ouvriers des faubourgs. Plus tard, les «blousons noirs», puis les jeunes des quartiers populaires, stigmatisés par une violence toujours plus forte et toujours plus gratuite. Ils cassent, s’attaquent à tout même aux «services publics», aux pompiers, à leurs voisins… Ils sont la première cible du discours sécuritaire et tiennent le premier rôle dans la mise en scène spectaculaire de «l’insécurité».
L’insécurité est d’abord médiatique: souvent sous l’angle du fait divers, pour maintenir la pression, entre la banalisation et le sensationnalisme. On agite les voitures brûlées, en utilisant ces derniers mois de manière opportuniste «la menace terroriste» et en faisant le lien Ben Laden – banlieues. La vieille théorie du complot, de l’ennemi de intérieur pour mieux attiser le racisme ordinaire.

On invoque les chiffres de la délinquance à l’appui: + 5,72 % en 2000, l’augmentation la plus forte depuis 10 ans! La France plus dangereuse que les États-Unis! Les corporations de flics et les industriels de la sécurité enfoncent le clou! Un chiffre qui mesure surtout l’activité policière et qui révèle à y regarder de plus près que ce qui augmente, ce sont les petits vols: voiture, portable (le nombre d’homicide diminue). Les pauvres volent les riches… et alors?
2,3 milliards d’€ c’est l’autre chiffre, le chiffre d’affaires estimé du secteur «sécurité»: gardiennage, surveillance, vigiles et protections en tout genre…

L’insécurité devient vite un juteux fonds de commerce, économique mais aussi électoral. Ce thème qui, il y a 20 ans, était majoritairement celui de l’extrême droite, s’est imposé comme un des nouveaux «maux d’ordres» de la gauche. Le consensus autour de la sécurité fonde ce nouveau «républicanisme» autour de deux mots: respect contre incivilité. Depuis le colloque de Villepinte (1997), la nouvelle politique sécuritaire a pris ses marques: police de proximité avec les Contrats Locaux de Sécurité, coproduction de la sécurité avec les élus locaux, les chefs d’établissement scolaires (on fait rentrer l’école à l’intérieur de la sphère du pénal.)… «Mieux prévenir, mieux punir», la version PS de la tolérance zéro américaine.
Consensus que la police a changé: elle aussi est devenue républicaine (sic Julien Dray, Gauche socialiste) et en plus ils ont majoritairement le bac nous apprend la loi relative à la sécurité quotidienne.

Les mesures concrètes ont d’abord frappé les plus précaires, les immigrés grâce à l’Europe de Schengen. Les restrictions de la liberté de circulation s’accompagnant aujourd’hui du mandat européen, en vertu duquel un État peut expulser un de ses ressortissants pour le faire juger ailleurs.
En France, l’adoption de la loi relative à la sécurité quotidienne élargit le champ d’action. Une loi qui renforce le plan Vigipirate, dont les deux axes majeurs sont la lutte contre le terrorisme et la garantie de la «tranquillité publique». Sans oublier les arrêtés anti-mendicité, et les «couvre-feu » pour les mineurs non accompagnés (approuvés par le Conseil d’État). C’est de l’ordre public qu’il s’agit. Enfin la loi Guigou sur la présomption d’innocence va être réaménagée sur la base des recommandations de Julien Dray pour «faciliter le travail des policiers» comme l’allongement du délai de notification des gardes à vue (3 heures au lieu d’une), plus d’avocats commis d’office (pour plus de comparution immédiate)…

Tout frais sortis des urnes, Chevènement puis Jospin en avaient fait leurs «priorités»: l’emploi, la sécurité.
Toutes les deux pour mieux asseoir un contrôle social sur les classes populaires.
La véritable insécurité est là, dans la crainte d’un non-avenir lié à une détresse économique et sociale. La peur du chômage utilisée pour abaisser les salaires et les conditions du travail. Nous vivons dans une société du risque (terrorisme industriel, OGM, nucléaire), celle que nous imposent les capitalistes.

Pour en savoir plus :

Stop quelle violence ?,
S. Tissot et P. Tévanian,
L’Esprit Frappeur, 3€05

La Machine à punir,
Collectif dirigé par G Sainati et L Bonelli,
L’Esprit Frappeur, 4€57

Violences et Insécurité : Fantasmes et réalités dans le débat français,
L. Mucchielli,
La Découverte, 6€40.

Que faire face à la police,
Syndicat de la Magistrature,
L’Esprit Frappeur, 1€52



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Ce qu’il faut retenir de la «loi relative à la sécurité quotidienne» (15 novembre 2001)

«Assurer partout la tranquillité publique»: la police municipale peut pénétrer dans les parties communes des immeubles à la demande du bailleur.
- Pour éviter les abus d’appels de la police il est fait obligation aux bailleurs de «renforcer la présence humaine et d’améliorer la surveillance»
«Rendre les transports publics plus sûrs»
- Le contrôleur d’un train peut faire descendre un voyageur sans billet à la prochaine gare et si besoin faire appel un officier de police judiciaire
- Le GPSR (sécu RATP) et la SUGE (SNCF) peuvent faire usage de leurs armes en cas de légitime défense.
Les raves et les free-parties sont soumises à déclaration préalable.
«Lutter contre le terrorisme»: jusqu’en 2003 (Vigipirate)
- Perquisition de nuit dans les locaux non habités
- Fouille des véhicules
- Autorisation avec consentement de la personne des «palpations de sécurité» pour tous les agents de sécurité.

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