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le 9/1/2010 11:58:59

Il y a un peu plus d’un an, on se disait : « Ça va péter, le système est au bord de l’explosion, les révoltes se multiplient. » Et puis le temps a passé. La jonction des luttes et des colères, celle pour laquelle nous nous battons chaque jour, ne s’est pas produite. Ou du moins, elle est restée à l’état embryonnaire. Il y a pourtant des gens qui luttent, qui se révoltent. Voyez les gars des Conti, pensez au mouvement des sans-papiers, aux grévistes de la RATP, à ceux de la Poste. Les exemples sont nombreux. Mais chaque mobilisation reste compartimentée tandis que le gouvernement et la presse laissent les mouvements s’essouffler puis s’éteindre.
Aujourd’hui plus que jamais, le parti de la presse et de l’argent, (le PPA comme l’appelle le bimestriel Le Plan B), tient le haut du pavé. Nous devons faire face à une offensive libérale inédite par son ampleur. Le gouvernement de combat, ça y est, on l’a. Mais il est contre nous ! Pour faire passer toutes les réformes (casse des statuts, précarisation de l’emploi, baisse de la fiscalité pour les riches), ils ont ressorti la vieille antienne, celle de l’ennemi intérieur, le musulman qui vient jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes. Quoi de plus abject que l’actuel débat sur l’identité nationale ?
Il faut prendre la mesure de l’actuel raz-de-marée. Et en tirer les conséquences. Pour notre part, nous pensons qu’il faut s’organiser et lutter, plus que jamais. Tant qu’il est encore temps.


le 9/1/2010 11:56:45

Pour beaucoup d’entre nous, au premier abord, le conflit israélo-palestinien peut sembler inextricable. Tout paraît confus, trop compliqué. Sur une terre minuscule s’affrontent des gens aux histoires différentes. Ce conflit régional engage des acteurs internationaux. « Que viennent faire là-dedans le Liban et l’Égypte, les États-Unis et l’Union européenne ? » se demandent certains. Si on ajoute à cela le paramètre religieux, on peut comprendre la tentation de dire : « Je n’y comprends pas grand-chose, je m’en désintéresse. »

Au sein de la communauté militante, en particulier chez les libertaires, on entend fréquemment le discours suivant : « Certes Israël exagère, mais je ne peux pas soutenir les Palestiniens car ils supportent le Hamas or je rejette le fondamentalisme, donc je préfère m’abstenir. » C’est faire preuve d’une méconnaissance certaine du terrain.

Les choses sont pourtant assez simples.

Gaza est une prison à ciel ouvert. Un million et demi de personnes essaient de survivre sur une superficie de 360 kilomètres carrés. Sans l’aide humanitaire, cette population disparaîtrait car l’État d’Israël ne lui laisse pas les moyens logistiques de subsister. Un exemple : depuis 1995, la zone de pêche au large de Gaza a été divisée par sept. Elle n’est plus que de trois milles nautiques. Il y a des silences qui s’apparentent à de la complicité.

En Cisjordanie, un peuple est progressivement dépossédé de son territoire. À Sheikh Jarrah comme à Silwan, deux quartiers de Jérusalem, des Palestiniens sont chassés des maisons où ils vivaient depuis des dizaines d’années. Dans la campagne de Cisjordanie, en dépit des déclarations de principe du gouvernement israélien, la colonisation n’en finit plus de s’étendre, colline après colline. Le peuple palestinien est occupé militairement, il doit subir l’humiliation des barrages routiers (les checkpoints) et des contrôles et brimades permanents. Le soir, dans Jérusalem-Est, l’armée patrouille et arrête les jeunes. En journée, elle harcèle les vendeurs à la sauvette, les mamies qui viennent vendre quelques légumes pour gagner trois sous.

Ainsi donc, parce qu’ils seraient trop religieux, nous devrions nous désintéresser des Palestiniens et laisser les pires ordures antisémites comme le Parti antisioniste et Dieudonné s’accaparer et dévoyer leur juste cause ?

Si nous sommes anticolonialistes, admettons que chaque peuple doit pouvoir disposer de lui-même. Ce n’est pas à nous de choisir ou de lui souffler son destin.

Dans ce dossier, nous avons cherché à donner quelques clés. Nous sommes conscients de son aspect lacunaire. Pour comprendre la situation avec intelligibilité, il faut y consacrer du temps et/ou se rendre sur place.

Israël-Palestine, l’égalité ou rien !


le 9/1/2010 11:54:06

« Notre société continuera à être une société pourrie, malade, anormale, dingue et donc brutale et en violence permanente tant que les réfugiés ne pourront pas rentrer chez eux. »

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le 9/1/2010 11:52:48

« Pour nous, le mot divertissement ne rime pas avec argent et profit » énonce Skalpel. Réflexions en vrac.
Que ce soit dans la vie de tous les jours ou la scène musicale dans laquelle nous évoluons, c’est une autre façon de concevoir et d’aborder nos existences et la musique que nous défendons. Nous ne voulons pas une part d’un gâteau empoisonné que se partagent les acteurs, à quelque niveau que ce soit, d’une industrie du disque morbide et vénale. À la limite, nous voudrions que ceux que nous combattons politiquement à travers nos créations « artistiques » se goinfrent avec le gâteau et crèvent.

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le 9/1/2010 11:51:11

Géraldine a beau faire partie du comité de rédaction du fanzine, nous n’avions jamais interviewé Cartouche. Est-ce que vous pouvez revenir sur l’histoire du groupe à l’heure du deuxième album ? Où avez-vous tourné ces derniers mois ?
Ray : une petite histoire ! Cartouche s’est créé en 2005, à l’initiative de Géraldine. Parité parfaite : 2 filles/2 gars. Alex (guitare), Niko (batterie), Géraldine (chant et guitare) et moi-même (basse), venant tous du même milieu musical ! Basé sur des idées communes (antifascisme, antiracisme, antisexisme, libération animale pour certain(e)s, solidarité). Le nom du groupe vient du célèbre bandit parisien Louis-Dominique Cartouche, activiste au début XVIIIe siècle, devenu dans l’imaginaire populaire, un redresseur de torts, justicier social et ennemi du pouvoir. Ces derniers mois nous avons tourné surtout en Allemagne et dans les ex-pays de l’Est ; très belles rencontres avec des gens très impliqués.

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le 19/11/2009 0:22:28

Un onzième antifasciste assassiné en Russie
Le 16 novembre, Ivan Khutorskoï, 26 ans, a été assassiné par balles dans l’escalier de son immeuble à Moscou. Il était connu comme l’un des leaders des antifascistes et de la gauche activiste de la capitale russe. Pour ses proches, il ne fait aucun doute que les milieux nazis sont à l’origine du meurtre : Khutorskoï avait déjà été la cible d’attaques ciblées à trois reprises. Il s’en était sorti d’extrême justesse.
La première fois, en 2005, l’attaque avait été filmée et montrée lors du reportage Ordinary Antifascism. La deuxième fois, il avait été agressé devant chez lui, blessé par des coups de tournevis dans le cou et roué de coups de batte de base-ball. Puis en janvier 2009, il avait été poignardé à l’estomac lors d’un combat de rue avec des néonazis. Les sites Internet nazis avaient immédiatement relayé et célébré l’action.
Ces derniers temps, Ivan s’était investi dans la sécurité des concerts antifascistes, régulièrement attaqués, et organisait des combats d’arts martiaux pour la mouvance. Il s’agit du 11e meurtre d’un antifasciste en Russie, depuis l’assassinat du chercheur Nikolaï Guirenko en 2004, et le sixième à Moscou. Le 28 juin dernier, le jeune Ilya Dzhaparidze avait été tué à coups de couteaux en sortant de chez lui. Sa photo, à l’instar de celle d’Ivan, circulait sur les sites néonazis russes en tant que « personne à abattre ».
Le 4 novembre dernier, l’activiste nazi Nikita Tikhonov, accusé du meurtre de Sacha Ryuhin, et suspecté pour l’assassinat de l’avocat Stanislas Markelov et de la journaliste Anastasia Baburova, tous trois militants antifascistes, a été interpellé. Mais la nouvelle n’a pas eu l’air d’effrayer les milieux nazis, engagés depuis plusieurs années dans une stratégie de terreur contre les « non-Slaves », la « décadence punk et rap » et les milieux antifas.
Yvan, aka « Vanya-Kostolom » était un militant solidaire et apprécié de ses camarades.
Il nous manquera.
« Ami si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place »
Lien pour soutenir la famille d’Ivan : http://www.avtonom.org/index.php?nid=2250


le 23/9/2009 20:02:07

Claude Guillon vient de publier La Terrorisation démocratique (Libertalia).
On peut se procurer ce petit livre en cliquant sur le lien suivant:
http://editionslibertalia.com/La-Terrorisation-democratique.html



Tu viens de publier La Terrorisation démocratique, qui décortique l'arsenal législatif français et européen en matière d'antiterrorisme. Peux-tu développer la thèse du livre et comparer les situations de 1986 et d'aujourd'hui?

Le mot « thèse » est trop solennel ! Le propos du bouquin est d'éclairer la nature et l'histoire des lois dites « antiterroristes », à l'échelle nationale et européenne. Une bonne partie de l'opinion, y compris dans les milieux militants, a découvert l'existence et certains détails de ces textes à l'occasion de l'affaire de Tarnac. La réaction la plus courante a été de dire : « Mais c'est n'importe quoi ! Un terroriste c'est pas ça ! Pas un mec qui est accusé, et sans preuves par dessus le marché, d'avoir retardé un TGV pendant quelques heures ! » C'est un point de vue naïf et surtout très mal informé. Les textes adoptés d'abord par l'Union européenne après le 11 septembre 2001, puis par les différents États, permettent de qualifier de « terroriste » tous les délits sans exception, y compris les actions politiques ou syndicales dès lors qu'elles sont en marge de la loi. Les textes dits « antiterroristes » ont d'abord rompu avec le droit commun. En France, c'était au milieu des années 1980, puis ils ont créé ce qui est aujourd'hui le droit commun. La règle est simple : l'État décide de ce qui mérite d'être qualifié « terroriste » et réprimé comme tel. C'est important de comprendre l'évolution qui s'est faite en vingt ans, parce que aujourd'hui ça n'a aucun sens de parler d'abroger les textes antiterroristes, comme si c'était une espèce d'excroissance qu'il suffirait de couper. C'est un ensemble logique de textes sur le « terrorisme », sur l'immigration, sur la délinquance, notamment celle des jeunes. La logique dont je parle, c'est ce que j'appelle la « terrorisation ». Mais dans leur prétention à contrôler tous les aspects de la vie, ces textes sont parfois délirants, souvent empilés les uns sur les autres sans souci de cohérence ou même d'« efficacité ». Ça peut donner, par exemple dans l'affaire de Tarnac, cette impression fausse de gros bordel ridicule, de « bavure », de n'importe quoi.

Dans le dernier chapitre de ton livre, tu évoques la multitude de fichiers à disposition des forces de répression. Besson vient d'abandonner les test ADN. Le gouvernement recule-t-il face à la fronde liée à l'après Tarnac ? Ou bien s'agit-il d'un simple recul conjoncturel et stratégique ?

Le bouclage du livre a eu lieu trop tôt pour confirmer cette reculade, mais j'avais noté que personne n'avait voulu publier les décrets d'application du texte… D'ailleurs, au moment où les tests sont introduits dans la loi, il y a déjà des critiques assez fermes dans les rangs de la droite. Pour dire ça en termes de classes, une fraction de la bourgeoisie, et pas la moins droitiste, a crié casse-cou, parce que ça rappelle quand même fâcheusement de sombres périodes, comme on dit, et sans doute surtout parce que ça touche à un des fondamentaux de l'ordre bourgeois : la famille, la filiation et donc l'héritage. Pour répondre à ta question, je pense que ça reviendra un jour ou l'autre : parce que c'est dans la logique du marché de la « sécurité biologique » – on peut déjà acheter des tests de paternité sur Internet – et parce qu'il y a une autre logique qui est de produire sans cesse de nouvelles réglementations. Ces deux logiques s'alimentent évidemment l'une l'autre : quand un moyen technique de contrôle existe, on le légalise et on le commercialise.

À propos de terrorisation, tu évoques deux « figures dangereuses combinées », le jeune et l'étranger. Ne manque-t-il pas le travailleur qui revendique ?

Le travailleur en lutte, on pourrait dire aussi l'activiste politique, est bien concerné, mais en quelque sorte en bout de chaîne. De telle manière que s'il est concerné, il ne se sent pas concerné, au moins jusqu'à maintenant. Les figures dangereuses que sont les jeunes délinquants et les étrangers, considérés comme délinquants du seul fait de leur présence « illégale », ont été très tôt associées à celle du terroriste. C'est devenu caricatural dans l'action de quelqu'un comme Sarkozy, déjà quand il était ministre de l'Intérieur. Dès 1986, on introduit dans la définition légale une notion de « subjectivité », c'est-à-dire d'élasticité, du point de vue du pouvoir. Après le 11 Septembre, les textes européens dressent carrément la liste des actes susceptibles d'être classifiés « terroristes ». On y trouve presque tout, y compris le répertoire militant : occupations, sabotages, etc. Ce sont les intentions terroristes qui comptent, et bien entendu, ce sont les flics et les magistrats qui décident de tes intentions !

Peux-tu nous dire comment le mandat d'arrêt européen, qui est encore mal connu, s'inscrit dans ce dispositif…

Ce mandat est dans la logique d'harmonisation répressive qui prévaut dans un espace géographique de plus en plus large. Il se présente comme une politesse que se font entre elles les démocraties ; c'est une manière de reconnaissance judiciaire comme on parle de reconnaissance diplomatique. Concrètement, ça signifie que n'importe quel magistrat de n'importe quel pays de l'UE peut lancer un mandat d'arrêt contre n'importe quel ressortissant d'un autre pays de l'UE. Un exemple : j'ai participé à une manifestation à Gênes ; je rentre chez moi à Paris ; un magistrat italien, qui pense que c'est moi la cagoule floue à gauche sur la photo, peut me faire arrêter trois mois plus tard par les flics français. La justice française, ou mon avocate, ne peuvent s'opposer à l'exécution du mandat que dans un nombre limité de cas. Les premiers visés par des mandats européens ont été des autonomistes basques. C'est un instrument de répression politique dont on n'a pas encore pris la mesure, que la gauche française a encouragé et dont elle se félicite à chaque occasion !

Tu as récemment publié deux autres livres. Le premier porte sur la notion de corps critique, l'autre sur les Enragés. Comment articules-tu ta réflexion ? Quel est le lien entre le corps, l'histoire politique et la législation antiterroriste ?

Là, ça a un côté « ma vie, mon œuvre »… Je vais essayer de faire court ! Je me considère d'abord comme un militant anarchiste ; l'écriture est pour moi un outil privilégié parce que c'est celui que j'utilise le moins mal. Enfin, c'est ce qu'on m'a fait croire à l'école !
Dès mes premières publications, je me suis inscrit dans un courant de réflexion sur l'importance du corps en politique qui avait comme traduction immédiate les luttes de l'époque (fin des années 60- années 70) pour l'avortement et la contraception libres, les luttes féministes et homosexuelles, et comme antécédent immédiat les tendances radicales de la psychanalyse, essentiellement Wilhelm Reich et sa Sexpol allemande ou plus lointain avec les utopies amoureuses fouriéristes. L'effort de Reich, dans les années 30, portait sur l'articulation entre corps, inconscient et politique, notamment au travers de l'épanouissement érotique. Dans le livre récent auquel tu fais allusion, j'ai essayé de donner chair à la notion de « corps critique », comme on parle d'esprit critique, au moment où des scientifiques, des artistes d'avant-garde et des activistes illuminés tentent de mettre en pratique un « dépassement » du corps que j'identifie à la fin des utopies libertaires.
La révolution française, maintenant. Je pense, avec bien d'autres (Kropotkine, Guérin, etc.) que c'est une matrice qui n'a pas produit tous ses effets. Elle est, malgré une production historienne surabondante, encore trop mal connue et mal comprise. J'ai choisi de m'intéresser à la fraction qui me semble la plus radicale, et la moins étudiée aussi, celle des Enragé(e)s ; je marque bien le « e » du féminin parce que plusieurs des figures les plus intéressantes sont des femmes et qu'elles posent en actes un certain nombre de problèmes auxquels nous nous heurtons encore aujourd'hui. Par ailleurs, je pense que pour qui s'intéresse à la démocratie directe, l'étude de la Révolution française est indispensable.
Par rapport à ces questions de fond, l'analyse de l'arsenal « antiterroriste » peut sembler anecdotique, quoique ça n'est pas sans rapport avec l'histoire puisque durant la période de la Terreur, on a centralisé à Paris les procédures contre les conspirateurs, comme aujourd'hui les procédures antiterroristes. Et pas non plus sans rapport avec le corps, puisque c'est de plus en plus le support même de l'identité et donc la cible de la surveillance, avec la biométrie. Disons que la proposition de Libertalia m'a permis de refaire le point sur une question d'actualité, sur laquelle j'avais déjà commencé à travailler après les émeutes de 2005 et l'état d'urgence, qui n'avait, soit dit en passant, pas suscité beaucoup plus de réactions que les lois antiterroristes.

As-tu, pour finir, quelques conseils de lectures à nous souffler ?

Je peux signaler la réédition de La Révolution sexuelle et la camaraderie amoureuse d'E. Armand, par Gaetano Manfredonia (Éd. Zones), et dans mes lectures récentes : le passionnant Désorceler, de l'anthropologue Jeanne Favret-Saada (L'Olivier), et El Indio, un gros roman pas très bien écrit mais prenant de Jules Celma, le garçon qui avait publié Journal d'un éducastreur chez Champ libre, en 1971.


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