Centres de rétention : c’est arrivé près de chez vous !

Date 23/6/2008 15:38:23 | Sujet : #16 - JUIN 2008

La révolte continue !
Mi-décembre 2007, une lutte a débuté dans le centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, près de Roissy : inscriptions sur les tee-shirts, cahier de doléances, refus de rentrer dans les chambres, grève de la faim. Le 27 décembre, pour casser la lutte, Abou considéré par la police comme un des meneurs du mouvement, a été transféré au CRA de Vincennes. Le même jour, les détenus de Vincennes ont entamé à leur tour une grève de la faim et ont refusé de rentrer dans leurs chambres. Dans la nuit du 28 au 29 décembre, cent cinquante CRS ont fait irruption dans le centre pour forcer, manu militari, les détenus à rejoindre leurs chambres. Une répression sans précédent ! Des détenus ont été grièvement blessés. Trois nuits de suite, les CRS ont maté la révolte. Depuis six mois, pas une semaine ne s’est déroulée sans que les retenus refusent de manger, d'entrer dans leurs chambres, sans qu’ils déchirent leurs cartes et qu’ils se solidarisent contre les violences policières. Face à l’arbitraire et la répression, les détenus ont choisi la révolte. Les revendications sont claires : le but n’est pas d’améliorer les conditions de détention mais de lutter contre les expulsions et pour la fermeture des centres de rétention.

Le centre de rétention de Vincennes…
Le centre de rétention administrative de Vincennes compte deux cent quarante places. Bien souvent débordé, c’est le plus gros centre de France. En 2007, plus de cinq mille personnes y ont transité ! Environ dix personnes y affluent chaque jour. Le centre est divisé en deux sites, le CRA 1 et le CRA 2, qui ne communiquent pas entre eux. Un muret les sépare. Pendant les révoltes, les détenus se parlent en l’escaladant. Selon le niveau de tension, les flics déplacent les « meneurs » dans l’un ou l’autre des bâtiments. Des cabines téléphoniques souvent surveillées sont, pour certains, le seul moyen de communiquer avec l’extérieur. Les portables avec appareil photo sont confisqués à l’entrée. Les stylos et les briquets sont interdits. Les détenus sont comptés au moins une fois par jour. Les flics et l’administration maintiennent une pression en appelant les gens par les haut-parleurs à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Chaque détenu est muni d’une carte avec son nom, sa nationalité supposée et une photo. Elle doit être présentée aux flics pour chaque démarche : aller au réfectoire, voir un médecin, prendre un rendez-vous à la Cimade (service œcuménique qui se consacre à l'accompagnement des étrangers en voie d'expulsion, ndlr)… Le centre est surpeuplé. Au début du mois de décembre 2007, on pouvait compter jusqu’à cinquante arrivées par jour !

Les rafles
Les préfectures organisent des rafles massives sous prétexte de lutte contre le travail illégal, la recherche de stupéfiants, la prostitution organisée… Le procureur délimite un territoire et ordonne le contrôle d’identité dans tous les lieux publics : rues, bars, salon de coiffure, épicerie, métro… La chasse est ouverte. Les personnes sans titre de séjour restent quarante-huit heures en garde à vue avant que leur soit notifié, par le juge des Libertés et de la Détention (JLD), un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF). Ces personnes sont maintenues en « rétention administrative » pour une durée de quinze jours, en attente de leur expulsion. Les consulats des pays d’origine (ou supposés tels) des personnes dites « sans-papiers » doivent leur délivrer un laissez-passer pour permettre le franchissement de leur frontière. Si au bout de quinze jours aucun laissez-passer n’est délivré, la personne repasse devant le juge qui décide ou non de maintenir la rétention quinze jours supplémentaires. Au terme de trente-deux jours de rétention, si la personne n’a été reconnue par aucun consulat, elle est remise en liberté et doit quitter le territoire français par ses propres moyens, dans les huit jours. Jusqu’à la prochaine rafle, au prochain contrôle… Pendant la rétention, la majorité perd son travail et son logement. Sans compter le traumatisme subi. Les détenus sont enfermés, séquestrés, parfois en isolement total, victimes d’insultes racistes, nourri avec une bouffe immangeable. Ce sentiment d’être traités comme de la merde les conduit à se mutiler pour se faire entendre.

La mobilisation à l’extérieur
Rien ne peut transparaître de ces lieux de privation de liberté. Des manifestations formelles ou informelles sont régulièrement organisées devant le centre. Un contact permanent doit être maintenu avec les détenus. Les témoignages sont publiés. La mobilisation va jusqu’à se rendre à l’aéroport pour empêcher une expulsion en s’adressant au passager ou en faisant pression sur les compagnies qui collaborent. Des brochures pour lutter contre les expulsions sont éditées.

Liberté de circulation !
Les projets de loi visant à « humaniser » les conditions d’enfermement ou à « réguler » les flux migratoires ne sont qu’une pierre de plus à l’édifice de leur société répressive. Les politiques menées jusqu’à présent ne font qu’alimenter les idées nauséabondes proches des idéologies nationalistes. Qu’elles soient menées par des gouvernements de gauche ou de droite, l’objectif est de profiter d’une main-d’œuvre corvéable à merci. Nous commencerons à croire que leur but n’est pas de nous asservir quand sera déclarée la liberté de circulation et d’installation pour tous. R.B.

À télécharger : Comment s’organiser contre les expulsions (sanspapiers.internetdown.org)
Contact : fermeturetention@yahoo.fr
Site : inforetention.kofele.org/
Source chiffrée sur la gestion du centre : rapport de la Cimade, 2007.



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